Et si l’ARN messager, déjà au cœur de la riposte contre la Covid-19, ouvrait une nouvelle ère dans la lutte contre l’un des cancers du sein les plus redoutés ? Testé pour la première fois chez des patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif, un vaccin personnalisé développé par BioNTech suscite un espoir inédit grâce à une réponse immunitaire durable, capable de réduire le risque de récidive sur plusieurs années.
Le cancer du sein triple négatif représente 15 % de l’ensemble des cancers du sein, soit environ 9 000 femmes diagnostiquées chaque année en France. Ce cancer se définit par l’absence de trois récepteurs normalement présents dans les cellules mammaires, notamment le récepteur aux œstrogènes, le récepteur à la progestérone et le récepteur HER2. Cette particularité le rend plus difficile à traiter, car ces trois récepteurs sont précisément ceux qui sont ciblés par les thérapies actuelles, qui deviennent donc inopérantes.
Ce cancer touche principalement les femmes jeunes, dont 40 % ont moins de 40 ans, et il est associé à un risque plus élevé de métastases et de récidive précoce.
Les chercheurs de BioNTech, l’entreprise qui a commercialisé le vaccin contre le Covid-19, ont testé pour la première fois sur des humains un vaccin à ARNm personnalisé, ciblant des « néoantigènes ». Il s’agit de protéines mutées ou anormales présentes à la surface des cellules cancéreuses, identifiées grâce aux progrès du séquençage de nouvelle génération.
L’étude a inclus 14 patientes atteintes d’un cancer du sein triple négatif à un stade précoce, dans l’année suivant la fin d’une chimiothérapie. Toutes avaient subi une intervention chirurgicale pour retirer la tumeur. Les chercheurs ont d’abord séquencé le tissu tumoral pour identifier les mutations spécifiques, puis fabriqué un vaccin codant 20 d’entre elles dans deux molécules d’ARN messager, administrées par voie intraveineuse.
Publiés dans la revue Nature, les résultats montrent que chez l’ensemble des participantes, le vaccin a induit ou amplifié des réponses des lymphocytes T contre au moins un néoantigène personnalisé. La majorité des patientes ont développé des réponses contre plusieurs mutations, et neuf d’entre elles contre cinq néoantigènes ou plus, indiquant une activation immunitaire étendue. Au total, 86 % des participantes ont présenté des réponses immunitaires de forte ampleur.
Le vaccin a activé deux sous-populations de lymphocytes T, dont l’une à effet immédiat, l’autre dotée d’une mémoire immunitaire durable. Ces réponses ont été détectées durant plusieurs années, entre un et cinq ans après la vaccination. Dix des 14 patientes n’ont pas eu de rechute durant cinq ans, ce qui suggère qu’en cas de récidive avec des cellules cancéreuses présentant les mêmes antigènes, le vaccin pourrait améliorer la survie.
Si ces résultats sont enthousiasmants, ils restent insuffisants pour tirer des conclusions définitives sur l’efficacité des vaccins à ARNm contre ce cancer agressif, en raison notamment du faible nombre de participantes. Des essais cliniques à plus grande échelle devront être menés avant de pouvoir crier victoire. Cette approche expérimentale prometteuse pourrait néanmoins changer la donne pour des milliers de femmes confrontées à ce cancer difficile à traiter.
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