Nino Tadiashvili a troqué son carnet de notes pour une parcelle de terre après trois ans de journalisme. Dans le village de Gavazi, niché au cœur de la région viticole de Kakheti, elle a choisi de perpétuer un héritage familial bien plus ancien que sa carrière de correspondante de presse.
“Ce n’est pas une rupture, c’est une métamorphose”, corrige-t-elle d’emblée. “Le journalisme m’a appris à traquer les histoires des autres. Aujourd’hui, je cultive la mienne, et mes outils ne sont plus un stylo mais les pigments des légumes, leurs parfums, leurs saveurs qui racontent qui je suis”, déclare-t-elle.
Derrière cette reconversion se cache une quête plus profonde. “L’agriculture incarne pour moi la liberté absolue, l’indépendance, un territoire où chaque idée peut germer et s’épanouir”, confie-t-elle. Sur six hectares, elle compose un tableau vivant où se côtoient tomates anciennes, aubergines vernissées, poivrons colorés, melons odorants et courges aux formes généreuses. Chaque variété raconte un chapitre de son histoire familiale.
Au cœur de cette aventure, l’apprentissage occupe une place centrale. Nino Tadiashvili insiste sur l’importance des connaissances techniques : lutte contre les ravageurs, adaptation au changement climatique, sécurité alimentaire. “Nos premiers échecs venaient d’un manque de savoir. Désormais, nous misons tout sur une agriculture éclairée par la science”, affirme-t-elle.
L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), à travers le Programme européen de voisinage pour l’agriculture et le développement rural (ENPARD) financé par l’UE et la Suède, lui a tendu la main pour acquérir ces compétences indispensables.
La main du FAO
Dans son village, une école pratique d’agriculture a vu le jour sous l’impulsion des agronomes de la FAO. Nino en est la figure centrale. Elle met ses terres à disposition et incarne le modèle à suivre. Chaque semaine, les villageois se rassemblent pour apprendre les gestes qui transforment une production traditionnelle en culture raisonnée et performante.
Le financement de l’UE et de la Suède via ENPARD permet à la FAO de déployer ces écoles de formation où Nino et sa communauté se familiarisent avec la gestion des nuisibles, les techniques résilientes face au climat et les normes sanitaires.
“Notre collaboration avec la FAO remonte à trois ans. Depuis, nous modernisons progressivement nos méthodes culturales”, explique Nino Tadiashvili.
Aujourd’hui, ses légumes poussent sur des planches surélevées, protégés par un paillage épais, ombragés par des filets protecteurs et nourris par un goutte-à-goutte précis. Cette irrigation ciblée économise l’eau tout en permettant une fertigation adaptée aux besoins de chaque plante.
“Le paillage combiné aux planches surélevées nous a libérés des mauvaises herbes et réduit drastiquement l’usage d’herbicides.Quant aux filets d’ombrage, ils sont devenus indispensables : sans eux, nos légumes grillent sous des étés toujours plus torrides”, détaille-t-elle.
La gestion raisonnée des nuisibles, enseignée par les experts de la FAO, a révolutionné son approche des pesticides. Les pièges à phéromones delta, installés sur ses parcelles, lui indiquent avec précision quels ravageurs sont présents et quels traitements appliquer, ni plus ni moins.
“Grâce à ces pièges, nous n’utilisons plus de pesticides inutilement. C’est un gain pour notre santé, pour l’environnement et pour notre portefeuille”, se réjouit-elle. Les résultats parlent d’eux-mêmes : “Notre production a triplé, et la qualité de nos légumes n’a jamais été aussi élevée, avec des normes sanitaires irréprochables”.
Une palette de saveurs pour séduire les marchés
Nino collabore désormais avec les principaux distributeurs géorgiens, qui lui servent de laboratoire grandeur nature pour tester ses nouvelles variétés. “Ils me réclament sans cesse des nouveautés, même en quantités infimes, pour sonder la curiosité des consommateurs de Tbilissi”, raconte-t-elle.
Mais l’esthétique ne suffit pas. Le palais a le dernier mot. “J’ai développé un poivre doux à la robe chocolatée qui dégage un parfum de cacao. Les enfants en raffolent !”, raconte-t-elle. L’adoption des techniques modernes a décuplé les rendements tout en sublimant la qualité des produits. Nino Tadiashvili nourrit l’ambition de faire de Gavazi un village réputé pour l’excellence et la diversité de son agriculture.
L’école pratique de Gavazi prouve que la connaissance essaime quand elle est collective. “Au moins 60 % des participants ont adopté nos méthodes : paillage, planches surélevées, nutrition équilibrée des plantes et lutte intégrée contre les ravageurs”, constate Nino Tadiashvili avec fierté.
Son ambition dépasse désormais sa propre exploitation. Elle rêve de voir tout le village embrasser cette diversification. “Nos terres sont riches, nos bras compétents. Avec ce que nous apprenons à l’école pratique, nous pouvons produire des légumes d’exception, sains et savoureux”.
“Si chacun s’y met”, projette-t-elle, “Gavazi deviendra une marque, un territoire réputé pour ses produits. Nous pourrions même nourrir des marchés bien au-delà de nos frontières”.
Le programme ENPARD, porté par l’UE et la Suède, a déjà formé plus de 2 000 producteurs géorgiens avec l’appui technique de la FAO. Ces agriculteurs leaders, tels que Nino, incarnent la démonstration vivante que le savoir fertilise la terre, même quand le climat se dérègle.
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