Bénin : l’erreur qui a coûté cher au parti Les Démocrates

L’ancien vice-président du parti Les Démocrates a vivement critiqué la direction de Thomas Boni Yayi, dont la démission a été officialisée le 3 mars 2026. Selon Léon Basile Ahossi, cette gestion a paralysé la formation politique et compromis son avenir.

La démission de Thomas Boni Yayi de la présidence du parti Les Démocrates, annoncée le 3 mars 2026 pour des raisons de santé, continue de provoquer des remous au sein de cette formation d’opposition béninoise. Invité de l’émission Zone franche sur Canal 3 Bénin, le dimanche 8 mars, Léon Basile Ahossi, ancien député et vice-président du parti, a livré une analyse sans concession de la situation.

Léon Basile Ahossi estime que l’ancien chef de l’État aurait dû quitter ses fonctions bien plus tôt. « Les conflits personnels entre le président Patrice Talon et lui paralysaient les activités du parti », a-t-il déclaré. Selon lui, cette situation a placé la formation politique dans une position délicate. Boni Yayi étant « l’interlocuteur du parti face au président Talon », son maintien à la tête des Démocrates a empêché tout dialogue apaisé avec le pouvoir.

« J’étais avec des collègues, on a estimé qu’il fallait qu’il recule pour qu’un autre parle avec Talon au nom du parti, il n’a pas voulu. Ça nous a poussé dans trop de difficultés dont nous n’avons pu nous sortir », a-t-il ajouté tout en affirmant prendre « avec des pincettes » les raisons de santé invoquées pour justifier ce départ.

Une présidence qui aurait dû rester honorifique

L’ancien vice-président du parti rappelle que Thomas Boni Yayi n’aurait jamais dû occuper la présidence effective de la formation. Président d’honneur lors de la création des Démocrates, il en était devenu le président en octobre 2023, succédant à Eric Houndété. « Le président Boni Yayi, je le lui ai dit, il ne devrait pas postuler pour être président du parti. Président d’honneur, c’était très utile pour nous », a commenté Léon Basile Ahossi.

Il reproche également à l’ancien chef de l’État d’avoir dirigé le parti « par dérogation ». A ses dires, Boni Yayi a confié la gestion du parti à « l’un de ses lieutenants, l’ex-ministre Alassane Tigri, qui, politiquement, ne pouvait pas faire l’affaire ».

Autre grief formulé par l’ancien député est le manque d’ouverture d’esprit de Boni Yayi, qu’il nuance toutefois en pointant du doigt son entourage. « Je peux dire qu’il n’était pas souvent ouvert mais je mets un bémol en disant qu’il était mal entouré. Beaucoup de gens n’avaient pas le courage d’affronter le président Yayi de dire ceci est bien, cela est mauvais », a-t-il expliqué.

Un parti « décapité » vers l’effondrement

L’ancien député voit désormais « un parti décapité » qui tend « vers l’effondrement ». Il s’interroge notamment sur la concomitance des démissions. Quelques heures avant celle de Boni Yayi, son fils Chabi Yayi, secrétaire aux affaires étrangères des LD, avait également mis fin à ses activités au sein du parti. « Ce qui me met dans des doutes c’est que les deux démissions arrivent le même jour. Ce n’est pas anodin », murmure-t-il.

Cette crise survient à un moment particulièrement délicat pour Les Démocrates. Le parti, qui s’était fixé pour objectif de « restaurer la démocratie, libérer les prisonniers politiques », n’a pas réussi à désigner de candidat pour l’élection présidentielle du 12 avril 2026.

Malgré cette situation, la direction du parti a refusé d’entériner immédiatement la démission de Boni Yayi. Le comité permanent, réuni en urgence le 4 mars, a décidé d’envoyer une délégation à Parakou pour le rencontrer et tenter de le convaincre de revenir sur sa décision. Un signe supplémentaire des tensions qui traversent une formation politique en pleine recomposition, tiraillée entre l’attachement à son leader historique et la nécessité d’émanciper une nouvelle génération de cadres.

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