Une étude scientifique réalisée au Bénin vient bousculer les idées reçues sur la santé sexuelle des femmes. Longtemps ignoré ou minimisé, un phénomène massif est désormais chiffré. Selon l’étude, la quasi-totalité des femmes en couple déclarent souffrir de douleurs ou de difficultés sexuelles. Des résultats qui interpellent désormais soignants, autorités politiques et associations.
Cette enquête, publiée dans la revue Santé publique et coordonnée par plusieurs spécialistes béninois et internationaux, a été conduite entre septembre et décembre 2022 auprès de 1 531 femmes âgées de 15 à 49 ans. Quatre communes représentatives du pays ont été retenues pour l’étude : Djougou et Parakou au Nord, Abomey-Calavi et Porto-Novo au Sud. Toutes les participantes étaient en couple depuis au moins six mois au moment de l’enquête. Pour évaluer leur santé sexuelle, un outil internationalement reconnu, le Female Sexual Function Index (FSFI), a été utilisé par les chercheurs, puis adapté aux langues locales afin de tenir compte des réalités linguistiques et culturelles.
Les chiffres issus de cette étude sont frappants. Des douleurs pendant les rapports sexuels ont été déclarées par 99,93 % des femmes interrogées. Des difficultés d’excitation ont été signalées par 83,31 % d’entre elles, tandis que 73,02 % peinent à atteindre l’orgasme. Des problèmes de lubrification ont été rencontrés par 76,36 % des participantes, et 66,69 % ont exprimé un manque de désir sexuel. Au total, 62,18 % des femmes se sont déclarées insatisfaites de leur sexualité personnelle. Des variations ont été observées d’une localité à l’autre : l’insatisfaction sexuelle au sein du couple est plus marquée à Parakou qu’à Porto-Novo, ce qui souligne des différences sociales, culturelles et religieuses dans l’expression de la sexualité féminine.
Une influence profonde des normes sociales et religieuses sur la perception de la sexualité des femmes a été soulignée par les auteurs de l’étude. Dans les zones où l’islam et la polygamie sont plus répandus, la sexualité féminine est souvent perçue avant tout sous l’angle de la reproduction ou comme une obligation conjugale. Dans ces contextes, des difficultés peuvent être éprouvées par les femmes sans être nécessairement associées à une insatisfaction personnelle. À l’inverse, dans le Sud du pays, où la monogamie et le christianisme sont plus courants, l’expression des difficultés sexuelles dans le couple est plus fréquente, même si les chiffres restent élevés partout.
Une meilleure prise en compte de la santé sexuelle des femmes dans les politiques de santé publique a été appelée de leurs vœux par les chercheurs, pour qui cette dimension dépasse le seul cadre médical et requiert une approche intégrant les aspects relationnels, culturels et psychologiques. Le tabou autour de la sexualité féminine devra être déconstruit progressivement, conclut l’étude, afin de permettre aux femmes de s’exprimer sur leurs expériences, d’accéder à des soins adaptés et de vivre leur sexualité dans le respect de leurs besoins et de leur bien-être.

