La 10ᵉ édition du Forum de Dakar, consacrée à la paix et à la sécurité en Afrique, a offert une tribune au Niger pour exprimer une position sans concession. Bakary Yaou Sangaré, ministre des Affaires étrangères, a pointé du doigt les ingérences extérieures et les compétitions géopolitiques comme facteurs aggravants de la crise sécuritaire sahélienne.
Devant un parterre de responsables politiques et d’experts, le chef de la diplomatie nigérienne a insisté sur la nécessité d’analyser les crises sécuritaires dans toute leur complexité. Derrière l’instabilité chronique du Sahel, il existe des causes rarement évoquées, a-t-il souligné. En premier lieu, les manœuvres étrangères et les rivalités sourdes entre puissances mondiales, mais aussi les fragilités internes que les États africains peinent à surmonter. « Il faut regarder la réalité en face », a-t-il lancé avec fermeté
Sur la question du terrorisme, Bakary Yaou Sangaré a rappelé que plusieurs prises de position ont déjà fait état de soupçons de soutien ou de financement de groupes armés par des acteurs étrangers. Sans nommer directement de pays, il a appelé à « un examen rigoureux et transparent de ces allégations dans les cadres appropriés ». Une mise en demeure implicite adressée à la communauté internationale, sommée de clarifier son rôle dans la région.
Le paradoxe des ressources naturelles
Le ministre a également souligné un paradoxe cruel. Pour lui, les ressources naturelles des pays africains, censées être un moteur de développement, contribuent parfois à alimenter les crises. « Les logiques de prédation qui s’y greffent » fragilisent les États et nourrissent les conflits, a-t-il expliqué tout en appelant à une meilleure gouvernance de ces richesses.
Face à ce constat alarmant, le Niger plaide pour un sursaut collectif. Bakary Yaou Sangaré a appelé à un « dialogue politique de haut niveau, inclusif et responsable », afin de bâtir « une réponse africaine souveraine, coordonnée et durable » aux défis sécuritaires. Une position qui reflète la nouvelle orientation diplomatique du Niger depuis le rapprochement avec les juntes du Sahel et l’éloignement des partenaires occidentaux traditionnels.

