Afrique : la bataille des vaccins « Made in Africa » s’accélère

À Diamniadio, aux portes de Dakar, un projet industriel aux ambitions continentales prend forme. Baptisée Madiba, une nouvelle usine de fabrication de vaccins portée par l’Institut Pasteur de Dakar et soutenue par le Groupe de la Banque mondiale promet de transformer durablement le paysage sanitaire africain.

À pleine capacité, cette infrastructure devrait produire jusqu’à 300 millions de doses de vaccins par an, un symbole fort pour un continent encore dépendant des importations médicales.

Aujourd’hui, entre 80 et 99 % des vaccins utilisés en Afrique sont importés, tandis que seulement 10 % des produits pharmaceutiques et 6 % des fournitures médicales sont fabriqués localement. Une dépendance structurelle qui expose régulièrement les systèmes de santé africains aux ruptures d’approvisionnement, comme l’a brutalement rappelé la pandémie de Covid-19.

Pour les institutions internationales, développer une production locale ne relève plus seulement de la santé publique, mais d’un enjeu stratégique majeur. Au-delà de la résilience sanitaire, cette dynamique pourrait également devenir un puissant moteur économique. Avec une population active appelée à croître de plus de 600 millions de personnes d’ici 2050, l’Afrique subsaharienne devra créer près de 25 millions d’emplois chaque année.

L’industrie pharmaceutique apparaît ainsi comme une piste crédible pour répondre à cette équation. L’Union africaine ambitionne d’ailleurs que 60 % des vaccins, médicaments et diagnostics consommés sur le continent soient produits localement d’ici 2040.

Plusieurs pays ont déjà engagé cette transformation. En Éthiopie, le parc pharmaceutique de Kilinto, près d’Addis-Abeba, devient un pôle stratégique de production. En Afrique du Sud, les groupes Biovac et Aspen Pharmacare renforcent leurs capacités, notamment dans la fabrication de vaccins et de médicaments essentiels.

Le Sénégal, avec le projet Madiba, s’impose désormais comme l’un des visages de cette nouvelle ambition africaine. Mais les experts restent prudents. Et pour cause, des infrastructures fiables, la régulation efficace, des investissements privés durables et des marchés solides seront indispensables pour faire émerger une véritable souveraineté pharmaceutique.

L’Afrique semble toutefois décidée à ne plus seulement consommer la santé produite ailleurs, mais à devenir progressivement un acteur central de sa propre sécurité sanitaire.

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