A Madagascar, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a autorisé le lancement de poursuites judiciaires contre quatre magistrats de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), accusés d’avoir contribué à une tentative de déstabilisation du régime en place.
L’annonce a été faite lundi 1er juin 2026 à Antananarivo. Selon les autorités, les quatre juges concernés auraient considéré comme recevable une requête visant à destituer le président de la transition, Michael Randrianirina. Une démarche que le gouvernement estime contraire aux dispositions légales en vigueur.
La procédure contestée avait été initiée le 13 mai dernier par le député Antoine Rajerison. Dans son recours, l’élu accusait le chef de l’État de violations de la Constitution et de haute trahison, réclamant un transfert du pouvoir vers une autre autorité militaire. Toutefois, selon plusieurs spécialistes du droit constitutionnel, cette requête ne remplissait pas les conditions de recevabilité prévues par la loi.
Intervenant devant la presse, la ministre de la Justice a dénoncé une « violation de la loi » et salué les autres membres de la HCC qui se seraient opposés à l’examen de cette demande. Elle a également estimé que certains magistrats avaient cherché à fragiliser les institutions du pays au moment où les autorités affirment vouloir consolider le processus de refondation de l’État.
L’autorisation accordée par le ministère ouvre désormais la voie à d’éventuelles arrestations et inculpations des quatre juges concernés. Une évolution qui suscite déjà des interrogations dans les milieux juridiques et politiques du pays.
Des observateurs relèvent notamment un possible traitement différencié de dossiers similaires. Ils rappellent qu’en octobre 2025, une requête ayant conduit au remplacement de l’ancien président Andry Rajoelina avait elle aussi été introduite dans des conditions jugées contestables, sans qu’aucun magistrat de la HCC ne fasse alors l’objet de poursuites.
Cette situation alimente les accusations de « deux poids, deux mesures » formulées par certains acteurs judiciaires et politiques. Pour eux, l’affaire dépasse désormais le simple cadre juridique et révèle les profondes tensions qui continuent de traverser les institutions malgaches depuis les bouleversements politiques intervenus ces derniers mois.
Alors que les autorités défendent une démarche destinée à protéger l’ordre constitutionnel, leurs détracteurs y voient une pression exercée sur l’indépendance de la justice. L’évolution de cette affaire pourrait ainsi devenir un nouveau test pour la crédibilité des institutions et l’équilibre des pouvoirs à Madagascar.
