Les pratiques de modération de Meta, maison mère de Facebook et Instagram, auraient contribué à restreindre de manière répétée la visibilité des contenus palestiniens sur ses plateformes entre 2021 et 2025. C’est la conclusion d’un rapport publié par le groupe palestinien de défense des droits numériques 7amleh avec un chercheur de l’université d’Utrecht.
Intitulé « The Platformicide of Palestine 2021-2025 », le rapport analyse 3 520 cas signalés à l’Observatoire palestinien des violations des droits numériques de 7amleh entre janvier 2021 et décembre 2025.
Les incidents recensés concernent notamment des suspensions de comptes, des suppressions de publications, des restrictions sur les diffusions en direct et des réductions de la portée des contenus. Les auteurs utilisent le terme « platformicide » pour décrire ce qu’ils considèrent comme un effacement structurel de la présence et de la visibilité palestiniennes sur les réseaux sociaux.
Le rapport ne conclut pas à l’existence d’une volonté explicite de Meta de censurer systématiquement des utilisateurs palestiniens. Il estime toutefois que la répétition des restrictions observées dépasse le cadre d’erreurs techniques ou de simples décisions isolées de modération.
La politique sur les « organisations et individus dangereux » au cœur des critiques
Selon l’étude, seuls 32,5 % des cas recensés correspondaient à une violation identifiable des règles de Meta. Lorsqu’un motif de restriction était communiqué, la politique concernant les « organisations et individus dangereux » représentait 57,2 % des cas. Cette proportion atteignait 71,1 % pour les dossiers concernant des journalistes.
Cette politique vise notamment à empêcher la promotion ou le soutien à des organisations considérées comme terroristes ou violentes. Mais 7amleh estime qu’elle a été appliquée de manière trop large à des journalistes, des médias, des militants et des organisations de la société civile qui traitent de la situation en Palestine et de la guerre à Gaza.
La suspension des comptes constitue, selon le rapport, la mesure coercitive la plus fréquemment observée. Elle concerne environ un tiers des cas documentés.
L’étude relève également des formes de restriction plus difficiles à détecter. Certaines publications auraient vu leur portée réduite ou auraient été exclues des systèmes de recommandation. Ces pratiques sont souvent qualifiées de « shadow banning » par les utilisateurs concernés.
Les recours auraient par ailleurs connu un taux de réponse limité. Sur 2 828 recours déposés par 7amleh au nom d’utilisateurs concernés, près de la moitié seraient restés sans réponse de Meta.
7amleh demande un audit indépendant
Le rapport formule plusieurs recommandations à l’égard de Meta. Il demande notamment la réalisation d’un audit indépendant consacré aux droits humains, une réforme de l’application de la politique relative aux « organisations et individus dangereux » et un renforcement de la protection accordée aux contenus journalistiques et d’intérêt public.
Meta a déjà indiqué travailler à améliorer la précision de sa modération des contenus en arabe. L’entreprise affirme notamment vouloir orienter certains dossiers vers des modérateurs maîtrisant les différents dialectes arabes et fournir davantage d’explications aux utilisateurs lorsque leurs contenus font l’objet de mesures de modération.
Le rapport de 7amleh invite toutefois la plateforme à aller plus loin afin de garantir, selon ses auteurs, une modération plus transparente et respectueuse de la liberté d’expression et du travail journalistique.
