L’Afrique demeure l’épicentre de l’épidémie mondiale de VIH. Mais derrière les chiffres continentaux se cachent de fortes disparités. Si l’Eswatini, le Lesotho et le Botswana affichent les prévalences les plus élevées, c’est l’Afrique du Sud qui détient le triste record du nombre de personnes vivant avec le virus.
Avec quelque 7,8 millions de personnes vivant avec le VIH, Pretoria concentre près d’un cinquième des cas recensés dans le monde. Chez les 15-49 ans, la prévalence atteint 16,6 %. Une situation qui place le pays très loin devant les autres États africains en nombre absolu de cas.
En matière de prévalence, l’Eswatini reste en tête du classement continental, avec 23,4 % de la population adulte concernée. Le Lesotho suit à 17,1 %, devant le Botswana, à 15,7 %.
Ces taux élevés ne se traduisent toutefois pas nécessairement par les volumes les plus importants. La démographie sud-africaine explique en partie le poids considérable du pays dans les statistiques continentales.
L’Afrique du Sud a parallèlement développé le plus vaste programme de traitement antirétroviral au monde. Cette politique a contribué à améliorer plusieurs indicateurs de santé. L’espérance de vie est ainsi passée de 56 ans en 2010 à 63 ans en 2018. La transmission du VIH de la mère à l’enfant a également été ramenée sous la barre de 1 %.
Le Mozambique, le Nigeria et la Tanzanie derrière Pretoria
Le Mozambique figure au deuxième rang continental en nombre de personnes vivant avec le VIH, avec environ 2,5 millions de cas. Il est suivi par le Nigeria, qui en compte près de 2 millions, puis par la Tanzanie, avec environ 1,8 million.
Dans ces pays, certaines catégories de population restent particulièrement vulnérables. En Tanzanie, les jeunes femmes sont notamment 2,5 fois plus exposées au VIH que les hommes du même âge.
Cette vulnérabilité rappelle que, malgré les progrès enregistrés ces dernières années, l’épidémie demeure étroitement liée aux inégalités sociales, à l’accès aux soins et aux dispositifs de prévention.
Une baisse des infections, mais des financements sous pression
À l’échelle mondiale, le nombre de nouvelles infections a reculé de 43 % depuis 2010. En Afrique subsaharienne, la diminution atteint 59 %. Le bilan reste toutefois lourd : en 2025, quelque 1,2 million de nouvelles contaminations ont encore été enregistrées dans le monde et environ 570 000 personnes sont mortes de causes liées au sida.
La pérennité des progrès constitue désormais l’un des principaux défis. En Afrique du Sud, environ 77 % du financement de la réponse nationale au VIH provient désormais des ressources du pays. Une dépendance moindre à l’aide extérieure qui ne met pas pour autant Pretoria à l’abri d’un choc financier.
Selon les projections citées, une disparition totale des financements internationaux pourrait provoquer jusqu’à 296 000 nouvelles infections supplémentaires en Afrique du Sud d’ici à 2028.
Plus de quarante ans après l’apparition de l’épidémie, le continent a donc changé d’échelle dans sa réponse au VIH. Mais la bataille est loin d’être terminée. Maintenir le dépistage, garantir l’accès aux traitements et préserver les moyens de prévention seront déterminants pour éviter que les avancées enregistrées ne soient fragilisées.
