La pression s’accentue autour de la Cour pénale internationale. Alors que Donald Trump a appelé les États membres à quitter l’institution lors de son discours à l’Assemblée générale des Nations unies, la juge béninoise Reine Alapini-Gansou, elle-même visée par des sanctions américaines, alerte sur les conséquences de cette offensive contre la justice internationale.
À Paris, où elle était reçue mercredi à l’Assemblée nationale française dans le cadre d’un colloque, la magistrate a livré un témoignage sur les répercussions personnelles des sanctions qui la frappent depuis 2025.
Les États-Unis, qui ne sont pas parties au Statut de Rome, ont multiplié les mesures contre des responsables de la CPI après l’émission de mandats d’arrêt contre notamment le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant. Washington prépare par ailleurs de nouvelles sanctions susceptibles de viser plus largement la Cour.
Reine Alapini-Gansou figure parmi les responsables de la CPI touchés par les sanctions américaines. Dans son témoignage, elle décrit les difficultés auxquelles elle fait face depuis leur entrée en vigueur. « Voir son nom inscrit sur une liste de hors-la-loi, quand on a consacré sa vie au droit, devrait tout de même choquer », a-t-elle déclaré, selon RFI.
La juge béninoise explique également que les sanctions ont des conséquences concrètes sur son quotidien. « On ne peut plus utiliser de carte de crédit, voyager… nous sommes repartis à l’ère de la préhistoire, il ne nous reste plus qu’à faire du troc », a-t-elle lancé avec ironie. Elle dit aussi redouter les conséquences de cette situation pour sa sécurité et celle de ses proches.
La pression ne vient d’ailleurs pas uniquement de Washington. Reine Alapini-Gansou a également été condamnée par contumace en Russie, dans le contexte de la procédure engagée par la CPI contre Vladimir Poutine.
Une Cour sous pression
Le discours de Donald Trump à l’ONU a ravivé les inquiétudes autour de l’avenir de la CPI. Le président américain a appelé les pays membres à « démissionner » de l’institution et l’a décrite comme une structure « hors de contrôle ».
Selon Reuters, cette nouvelle offensive coïncide avec la préparation, par l’administration américaine, de sanctions pouvant viser directement l’organisation et ses quelque 900 employés. Ces mesures pourraient notamment affecter ses relations avec des entreprises américaines, ses transactions financières et certains services nécessaires à son fonctionnement.
Pour Reine Alapini-Gansou, la CPI traverse ainsi une période particulièrement difficile. « C’est la première fois dans la vie du droit international que l’on menace de détruire une institution de cette envergure », estime-t-elle.
Malgré les pressions, la magistrate béninoise affirme vouloir rester fidèle à son mandat. « Il faut rester fidèle à son serment. C’est ce que j’ai fait, je suis restée à dire le droit et rien que le droit », a-t-elle déclaré.
Élue juge de la CPI pour la période 2018-2027, Reine Alapini-Gansou est une figure connue de la justice internationale. Les documents officiels de la CPI rappellent notamment son parcours dans le domaine des droits humains et du droit humanitaire.
À l’heure où Washington accentue sa pression sur la Cour, le débat dépasse désormais le cas de ses juges sanctionnés et touche directement la capacité de la justice pénale internationale à poursuivre son activité dans un environnement de plus en plus conflictuel.
