Ancienne Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et figure majeure du droit international, Navanethem « Navi » Pillay est récompensée pour son engagement contre l’impunité. De l’Afrique du Sud de l’apartheid aux juridictions internationales, son parcours épouse plusieurs décennies de lutte pour les droits humains.
Née à Durban dans une famille d’origine indienne tamoule, Navi Pillay grandit sous l’apartheid, un système fondé sur la ségrégation raciale et l’exclusion de la majorité noire. C’est dans ce contexte qu’elle s’engage dans le droit, avec la volonté de défendre les personnes confrontées aux discriminations et aux abus de pouvoir.
En 1967, elle devient la première femme à ouvrir un cabinet d’avocat dans sa province du Natal. Elle défend alors des militants anti-apartheid, dénonce le recours à la torture et contribue à faire reconnaître des droits aux prisonniers de Robben Island, où Nelson Mandela et d’autres figures de la lutte contre le régime ségrégationniste ont été détenus.
La fin de l’apartheid ouvre une nouvelle étape dans sa carrière. Nommée à la Cour suprême sud-africaine par Nelson Mandela après son accession à la présidence, elle devient la première femme de couleur à siéger au sein de cette juridiction.
Mais son engagement ne se limite pas aux frontières de son pays. Elle rejoint ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda, chargé de juger les responsables du génocide contre les Tutsis en 1994. Cette expérience la place au cœur des efforts internationaux visant à établir les responsabilités dans les crimes de masse.
Des tribunaux internationaux aux Nations unies
Entre 2003 et 2008, Navi Pillay siège à la Cour pénale internationale (CPI), avant de prendre la tête du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, fonction qu’elle occupe de 2008 à 2014.
À ce poste, elle porte les questions relatives à la protection des libertés fondamentales et à la lutte contre les violations des droits humains. Son parcours la conduit également à présider une commission d’enquête mandatée par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour examiner les violations commises dans les territoires palestiniens et en Israël.
Son expérience illustre la place centrale qu’occupent les mécanismes judiciaires et les enquêtes internationales dans la documentation des crimes et la recherche de responsabilités. Elle rappelle aussi les limites auxquelles se heurtent ces institutions lorsque leur action suscite des résistances politiques.
Navi Pillay est par ailleurs juge à la Cour internationale de justice dans l’affaire opposant la Gambie au Myanmar, accusé de génocide contre les Rohingyas. Cette procédure constitue l’un des dossiers majeurs portés devant la plus haute juridiction de l’ONU en matière de responsabilité des États.
Une consécration pour l’Afrique
Avec ce Nobel de la paix, Navi Pillay rejoint une lignée de personnalités africaines distinguées pour leurs engagements. Elle devient la cinquième Sud-Africaine récompensée, après Albert Lutuli en 1960, Desmond Tutu en 1984, puis Nelson Mandela et Frederik de Klerk en 1993.
Elle rejoint également Wangari Maathai, militante écologiste kényane récompensée en 2004, ainsi que les Libériennes Leymah Gbowee et Ellen Johnson Sirleaf, lauréates en 2011.
De Durban aux grandes juridictions internationales, le parcours de Navi Pillay témoigne d’un engagement constant en faveur de la protection des droits humains et de la lutte contre l’impunité.

