Bénin : de l’armée au pouvoir, le parcours singulier de Mathieu Kérékou

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Bénin : de l’armée au pouvoir, le parcours singulier de Mathieu Kérékou

Militaire arrivé au pouvoir par un coup d’État en 1972, dirigeant d’un régime marxiste-léniniste, puis président élu au terme du processus de démocratisation, Mathieu Kérékou a traversé les grandes ruptures politiques du Bénin contemporain. À la tête du pays pendant près de trois décennies, réparties entre deux périodes, le « Caméléon » a laissé une empreinte durable sur l’histoire nationale.

Né le 2 septembre 1933 à Kouarfa, dans l’actuel département de l’Atacora, Mathieu Kérékou choisit très tôt la carrière militaire. Après une formation dans plusieurs établissements militaires en Afrique et en France, il rejoint l’armée du Dahomey au lendemain de l’indépendance. Il exerce notamment des fonctions auprès du président Hubert Maga avant de gravir les échelons de la hiérarchie militaire.

Le 26 octobre 1972, alors qu’il est chef de bataillon, il prend le pouvoir à la faveur d’un coup d’État qui met fin au régime de transition dirigé par le triumvirat composé de Hubert Maga, Sourou-Migan Apithy et Justin Ahomadégbé. Il devient président de la République et chef du gouvernement.

Cette prise de pouvoir ouvre une longue période de domination politique et militaire. En 1975, le pays, jusque-là appelé République du Dahomey, devient la République populaire du Bénin. Mathieu Kérékou adopte officiellement le marxisme-léninisme comme orientation idéologique et instaure un système politique fondé sur le parti unique. Son pouvoir se caractérise également par la persécution des adversaires politiques et le rétrécissement de l’espace démocratique.

Le tournant de la Conférence nationale

À la fin des années 1980, le régime fait face à une grave crise économique et à une contestation sociale grandissante. Les difficultés financières de l’État, les mouvements de protestation et les revendications en faveur du multipartisme fragilisent le pouvoir.

En février 1990, Mathieu Kérékou accepte la tenue de la Conférence nationale des forces vives. Cette rencontre historique ouvre la voie à une transition démocratique, à l’abandon du système marxiste-léniniste et à la mise en place de nouvelles institutions.

Le chef de l’État accepte les décisions issues des assises, qui redéfinissent les règles politiques du pays. Mais la transition lui coûte le pouvoir. Lors de la présidentielle de 1991, il est battu par Nicéphore Soglo, ancien responsable à la Banque mondiale devenu Premier ministre de transition. Mathieu Kérékou quitte alors la présidence après près de dix-neuf années de pouvoir.

L’ancien président ne disparaît toutefois pas durablement de la scène politique. En 1996, il se présente de nouveau à l’élection présidentielle et bat Nicéphore Soglo au second tour. Son retour au pouvoir s’effectue cette fois par la voie électorale, dans le cadre du pluralisme politique instauré au début de la décennie.

Réélu en 2001, Mathieu Kérékou dirige le Bénin jusqu’en avril 2006. Il quitte alors ses fonctions au terme de son second mandat présidentiel de l’ère démocratique, dans le respect de la Constitution. Thomas Boni Yayi lui succède après avoir remporté l’élection présidentielle de mars 2006.

Le « Caméléon », entre ruptures et reconversions

Surnommé le « Caméléon » en raison de ses changements de cap, Mathieu Kérékou a connu plusieurs transformations au cours de sa carrière. Dirigeant révolutionnaire et marxiste-léniniste pendant près de deux décennies, il accepte ensuite le pluralisme politique et revient au pouvoir grâce aux élections.

Son itinéraire personnel passe aussi par un virage religieux. Après avoir affiché son athéisme durant les années révolutionnaires, il adopte la foi chrétienne évangélique au cours de sa traversée du désert politique, après sa défaite de 1991. Cette nouvelle image accompagne son retour à la présidence en 1996.

Autoritaire sous l’uniforme, artisan de la transition vers le multipartisme, acteur de l’alternance démocratique, l’homme incarne un itinéraire aux mille visages.

Militaire à la poigne de fer, il a d’abord exercé un pouvoir sans partage avant d’ouvrir la voie au multipartisme. Puis vient l’heure de l’alternance démocratique, à laquelle il prend lui-même part. Un parcours contrasté, fait de ruptures et de virages, qui résume à lui seul les métamorphoses du Bénin.

Une figure majeure de l’histoire béninoise

Après son départ de la présidence en 2006, Mathieu Kérékou se retire progressivement de la vie publique. Il meurt à Cotonou le 14 octobre 2015, à l’âge de 82 ans. Sa disparition suscite de nombreuses réactions au Bénin, où il demeure l’une des figures les plus marquantes de l’histoire politique contemporaine.

Son héritage ne se résume ni à ses années de pouvoir révolutionnaire ni à son retour par les urnes. Il se situe aussi dans le tournant politique de 1990, qui a conduit le Bénin vers un régime pluraliste, ainsi que dans son départ de la présidence en 2006, conformément aux règles constitutionnelles.

De la prise du pouvoir par les armes à la conquête électorale de la présidence, Mathieu Kérékou aura ainsi incarné plusieurs visages de la vie politique béninoise. Une trajectoire faite de ruptures et de reconversions qui continue d’occuper une place importante dans la mémoire nationale.

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