Le projet d’un Grand Prix de Formule 1 au Rwanda suscite déjà des brouilles diplomatiques entre Kigali et Kinshasa. Jeudi, la ministre des Affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC), Thérèse Kayikwamba Wagner, a critiqué la perspective d’une course dans le pays voisin, estimant qu’elle pourrait contribuer à améliorer l’image du président rwandais Paul Kagame.
« Permettre au Rwanda d’accueillir un Grand Prix serait moralement indéfendable », avait-elle déclaré en février 2025, d’après un communiqué publié jeudi. La cheffe de la diplomatie congolaise affirme avoir alors alerté Stefano Domenicali, directeur général de la Formule 1, ainsi que les autorités de la discipline.
Mardi, Paul Kagame avait annoncé le projet aux côtés de Stefano Domenicali et de Mohammed Ben Sulayem, président de la Fédération internationale de l’automobile (FIA).
Selon la Formule 1, la course pourrait se tenir au début des années 2030 sur un circuit à construire à Bugesera, près de Kigali. Si le projet se concrétise, il marquerait le retour de la discipline sur le continent africain, où le dernier Grand Prix remonte à 1993.
Kinshasa ne conteste pas le principe d’un retour de la Formule 1 en Afrique, mais s’oppose au choix du Rwanda. « La RDC se réjouit du retour de la Formule 1 en Afrique », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner, avant d’estimer que l’événement offrirait une tribune à Paul Kagame alors que son gouvernement est accusé de contribuer à alimenter la guerre dans l’est de la RDC.
Les autorités rwandaises ont toujours rejeté les accusations de soutien aux rebelles du M23.
Kinshasa soutient la candidature sud-africaine
La ministre congolaise a indiqué que son pays soutenait les démarches de l’Afrique du Sud pour accueillir une course de Formule 1. Elle appelle également les organisateurs à soumettre le projet à des garanties crédibles et indépendantes afin de prévenir tout financement lié aux minerais issus des zones de conflit ou à l’exploitation des ressources congolaises.
Cette prise de position s’inscrit dans les critiques régulièrement formulées par Kinshasa contre les initiatives de promotion de l’image du Rwanda à travers le sport, notamment ses contrats de sponsoring avec plusieurs grands clubs de football européens.
Les relations entre les deux pays restent marquées par la guerre dans l’est de la RDC. En mars, les États-Unis ont imposé des sanctions à l’armée rwandaise et à quatre hauts responsables militaires pour leur soutien présumé au M23.
Kigali a rejeté ces mesures, les jugeant partiales et estimant qu’elles donnent une représentation erronée du conflit.
Alors que le projet de Grand Prix doit encore se concrétiser, la controverse place déjà la Formule 1 au centre d’un différend diplomatique. Pour Kinshasa, les conditions d’organisation de la course devront tenir compte des enjeux liés au conflit et à l’exploitation des ressources naturelles dans la région.

