Pour la neuvième année consécutive, Yaoundé envisage une loi de finances rectificative. Une décision motivée par la conjoncture internationale, et notamment par le conflit au Moyen-Orient, qui fragiliserait selon certains experts la programmation financière du pays.
C’est une déclaration en apparence anodine, prononcée à l’occasion des assemblées de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington (13-18 avril 2026), qui a mis le sujet sur le devant de la scène. « Nous réfléchissons, avec mes collaborateurs et par souci de transparence, à proposer au chef de l’État de réviser le budget », a indiqué Louis Paul Motazé, le ministre camerounais des Finances.
Le budget en question, adopté il y a cinq mois, s’élève à plus de 8 800 milliards de francs CFA.
Un neuvième ajustement budgétaire consécutif
Pour l’expert financier Patrick Duprix Anicet Mani, cette énième révision budgétaire (la neuvième d’affilée) témoigne avant tout de la fragilité structurelle de la programmation financière camerounaise face aux chocs exogènes. Selon lui, c’est l’actuel conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, déclenché fin février 2026, qui a provoqué un choc pétrolier justifiant cet ajustement.
Du côté du gouvernement, on avance un argument diamétralement opposé. « Un impératif de transparence que commandent des éléments nouveaux », explique le ministre des Finances. Ces éléments seraient cette fois positifs, un possible surcroît de recettes lié à la hausse du prix du brut, qui modifierait substantiellement les équilibres budgétaires initiaux.
Quoi qu’il en soit, cette révision envisagée illustre une habitude bien installée à Yaoundé. Depuis plusieurs années, le Cameroun ajuste régulièrement sa loi de finances en cours d’exercice, une pratique que certains analystes jugent révélatrice d’une difficulté à anticiper les chocs internationaux, malgré une économie par ailleurs saluée pour sa « remarquable résilience » par le FMI.
