C’est désormais officiel. Donald Trump a signé, le 2 septembre, la loi qui prolonge l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) jusqu’au 31 décembre 2028. Les pays africains bénéficiaires, dont Madagascar, disposent ainsi de deux années supplémentaires pour maintenir leurs exportations vers le marché américain dans le cadre de ce régime préférentiel.
Le texte, référencé H.R. 6500, avait été approuvé par le Sénat le 8 août, avant son adoption définitive par la Chambre des représentants le 1er septembre. La signature du président américain vient ainsi clore le processus législatif.
Pour Madagascar, cette prolongation représente un enjeu économique majeur. La Grande Île bénéficie notamment de l’Agoa dans le secteur du textile, l’un des piliers de son industrie manufacturière et de l’emploi. Le dispositif concerne également plusieurs produits agricoles, notamment la vanille et les épices.
« En matière de textile et accessoires, l’Agoa constitue le principal marché en termes de volume. Il fait des États-Unis le deuxième marché [de destination des exportations malgaches] après l’Europe », explique Tiava Rajohnson, directrice générale du commerce extérieur au ministère du Commerce et de la Consommation.
Madagascar veut déjà aller au-delà de 2028
À Antananarivo, la prolongation est accueillie avec soulagement. Le ministère du Commerce et de la Consommation estime qu’elle devrait renforcer la confiance des exportateurs et des investisseurs et offrir davantage de visibilité aux entreprises malgaches.
Mais les autorités ne comptent pas s’arrêter à cette échéance. Elles souhaitent déjà préparer l’après-2028 et affichent l’ambition d’obtenir une nouvelle prolongation de dix ans. Un objectif qui permettrait, selon le gouvernement, de donner davantage de stabilité aux opérateurs économiques et d’encourager les investissements tournés vers le marché américain.
La diplomatie malgache entend également poursuivre le plaidoyer à Washington. Les ambassadeurs de Madagascar et du Kenya aux États-Unis, qui coprésident le comité spécial consacré à l’Agoa, souhaitent notamment défendre une évolution du dispositif et sa prolongation au-delà de 2028.
Washington impose ses priorités
Cette nouvelle bataille diplomatique s’annonce toutefois difficile. La prolongation obtenue jusqu’en 2028 ne constitue pas un engagement durable de Washington. Les débats autour du texte ont été largement marqués par la doctrine « America First » défendue par Donald Trump, avec la volonté américaine de faire de l’Agoa un instrument davantage aligné sur ses intérêts commerciaux et stratégiques.
Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, avait notamment plaidé pour un dispositif imposant davantage d’engagements aux pays partenaires et favorisant un accès accru des produits américains aux marchés africains.
Le nouveau texte accorde par ailleurs une attention particulière aux minerais critiques. Des dispositions visant à faciliter et à prioriser leur accès et leur traitement dans les pays bénéficiaires de l’Agoa ont été intégrées au texte. Washington entend ainsi éviter que ces ressources stratégiques ne tombent sous l’influence de puissances concurrentes.
Le dossier Vara Mada en toile de fond
Pour Madagascar, cette dimension stratégique résonne particulièrement avec le dossier Vara Mada, présenté comme le principal investissement privé américain dans le pays. Le projet, qui concerne l’exploitation de ressources stratégiques, avait même conduit l’administration Trump à dépêcher des émissaires à Madagascar en juin.
Le projet reste toutefois à l’arrêt face à l’opposition d’une partie de la population locale et de responsables politiques. Interrogé à ce sujet sur la chaîne publique, le 31 mai, le chef de l’État, le colonel Michaël Randrianirina, avait posé plusieurs conditions aux investisseurs, parmi lesquelles la nécessité d’une « bonne cohabitation avec la population locale ».
La prolongation de l’Agoa offre donc un répit aux exportateurs malgaches, mais elle ouvre aussi une nouvelle période de négociations. Avec l’échéance de 2028 déjà en ligne de mire, Madagascar devra composer avec les priorités stratégiques de Washington pour espérer obtenir une nouvelle décennie de préférences commerciales.

