Nigeria : les investisseurs dans le gaz torché devront désormais rendre des comptes

Le Nigeria veut accélérer la valorisation d’une ressource encore largement gaspillée. Alors que le torchage du gaz continue de représenter un important manque à gagner pour le pays, le régulateur de l’amont pétrolier va renforcer le contrôle des investisseurs chargés de récupérer et de commercialiser ce gaz.

Désormais, les entreprises ayant obtenu une attribution dans le cadre du Nigerian Gas Flare Commercialisation Programme (NGFCP) devront démontrer les progrès réalisés dans leurs projets. Un an après chaque attribution, la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) procédera à une évaluation. En cas d’avancées jugées insuffisantes, des sanctions réglementaires pourront être prises, jusqu’au retrait de l’attribution.

La mesure a été annoncée le 8 septembre par la directrice générale de la NUPRC, Oritsemeyiwa Eyesan, lors d’une rencontre avec le ministre d’État chargé des Ressources pétrolières, secteur gaz, Ekperikpe Ekpo.

27 sites déjà attribués

Sur les 43 sites de torchage initialement identifiés, 27 ont déjà été attribués à des investisseurs. L’objectif est de récupérer le gaz qui aurait autrement été brûlé sur les sites de production pétrolière afin de le transformer en ressource commerciale.

Lancé en 2016, le NGFCP doit permettre à des opérateurs privés de développer des solutions de collecte, de traitement et de commercialisation du gaz torché. Pour Abuja, l’enjeu dépasse la seule réduction des émissions. La valorisation de cette ressource doit contribuer à l’approvisionnement énergétique, soutenir la production d’électricité et favoriser le développement industriel.

Le ministre Ekperikpe Ekpo a ainsi appelé à une mise en œuvre plus « délibérée et agressive » du programme, avec pour objectif d’éliminer le torchage de routine d’ici 2030. En effet, le potentiel est considérable. Le Nigeria dispose de plus de 215 000 milliards de pieds cubes de réserves prouvées de gaz naturel, selon les données de la NUPRC.

Pourtant, une partie de cette ressource continue d’être brûlée. En 2025, environ 323 milliards de pieds cubes de gaz ont été torchés dans le pays. La valeur correspondante est estimée à 1,1 milliard de dollars, selon la National Oil Spill Detection and Remediation Agency (NOSDRA).

Le phénomène pèse également sur les communautés installées dans les régions productrices d’hydrocarbures. Le torchage est associé à des nuisances environnementales et à des conséquences sur les conditions de vie et les moyens de subsistance des populations locales.

Mesurer les émissions pour mieux les réduire

Le Nigeria cherche aussi à renforcer la surveillance des émissions. En juin, la compagnie publique NNPC et TotalEnergies ont prolongé de 24 mois leur partenariat consacré à la détection du méthane.

L’accord prévoit notamment le déploiement sur de nouveaux actifs de l’AUSEA, un dispositif installé sur drone capable de mesurer les émissions de méthane et de carbone, de détecter des sources jusque-là non comptabilisées et d’évaluer l’efficacité de la combustion des torchères.

Mais la rentabilité reste un défi majeur. Une analyse publiée en 2025 estimait à 2 dollars pour 1 000 pieds cubes les amendes applicables aux grands sites de production, alors que la valeur marchande du gaz pouvait atteindre environ 3,66 dollars pour le même volume.

Ce différentiel limite l’incitation économique à investir dans les équipements nécessaires à sa récupération. Avec le nouveau mécanisme de contrôle, le NUPRC entend donc mettre davantage de pression sur les bénéficiaires du programme.

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