Le Parlement sénégalais a renvoyé mardi en commission le projet de loi de finances rectificative pour 2026. Cette décision retarde l’examen d’un texte jugé crucial pour le redressement des finances publiques et les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), alors que le pays fait face à un lourd endettement.
Le projet de budget se heurte à l’opposition de Pastef, le parti majoritaire à l’Assemblée nationale, qui dispose d’une large majorité à l’Assemblée nationale. Sa position rendait incertaine l’adoption du texte dans sa version actuelle. Tout retard supplémentaire pourrait compliquer les efforts du Sénégal pour maîtriser sa dette publique, estimée à 132 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de 2024, et répondre aux exigences du FMI.
À l’origine de ce blocage, les tensions politiques entre Ousmane Sonko, chef de Pastef et Premier ministre, et le président Bassirou Diomaye Faye. Le parti panafricain avait déjà laissé entendre qu’il ne soutiendrait pas la proposition budgétaire.
Face à cette opposition, le ministre des Finances, Cheikh Diba, a demandé mardi le renvoi du texte en commission afin de « rechercher une issue constructive » et d’éviter que les divergences ne conduisent à une impasse préjudiciable au pays. Ousmane Sonko, qui dirige également l’Assemblée nationale selon les informations rapportées dans le texte source, a accédé à cette demande. L’examen du budget rectificatif doit donc reprendre à une date ultérieure.
Un bras de fer aux conséquences économiques
La veille, le Premier ministre sénégalais avait appelé à éviter toute paralysie institutionnelle. Lors d’un entretien avec l’Agence France-Presse (AFP), Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo a exhorté Pastef à renouer le dialogue dans un contexte de crise économique. « On ne peut pas paralyser un pays », a-t-il déclaré.
Ce bras de fer budgétaire intervient alors que les tensions sociales s’accentuent. Le chômage des jeunes demeure élevé et la hausse du coût de la vie pèse sur les ménages. La semaine précédente, une grève générale de trois jours avait illustré le mécontentement social.
Au-delà des rivalités politiques, l’adoption du budget rectificatif représente un enjeu majeur pour les discussions avec le FMI. Dakar espère conclure avec l’institution financière un nouveau programme de soutien sur 36 mois, d’un montant de 2,2 milliards de dollars, afin de stabiliser les finances publiques et de répondre aux difficultés liées à l’endettement.
Toutefois, aucun accord définitif n’a encore été annoncé par le conseil d’administration du FMI. La conclusion d’un tel programme reste soumise à plusieurs conditions, dont les avancées dans la gestion des finances publiques.
Les négociations sous pression
Les débats parlementaires ont débuté mardi peu après 10 heures, heure locale et GMT. Ils ont été retransmis en direct par plusieurs médias et sur les réseaux sociaux, selon des journalistes de l’AFP. La séance a ensuite été suspendue en raison de problèmes techniques liés à la climatisation de la salle.
Le renvoi en commission ouvre une nouvelle phase de discussions, mais ne garantit pas un compromis. Pour le gouvernement sénégalais, l’enjeu est désormais de rapprocher les positions au sein de la majorité afin de faire avancer un texte déterminant pour la trajectoire budgétaire du pays et ses négociations avec ses partenaires financiers.

