Le feuilleton judiciaire de Kemi Seba en Afrique du Sud prend une nouvelle tournure. Des accusations inédites alourdissent le dossier de l’activiste panafricaniste. Des procureurs sud-africains affirment que des fonds en provenance de Russie ont servi à financer une tentative de sortie clandestine du territoire.
Ces allégations figurent dans des documents judiciaires liés à la demande d’extradition de Kemi Seba vers le Bénin. Les documents, consultés par l’agence Bloomberg, livrent des détails troublants sur les circonstances de l’arrestation de l’activiste, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, le 14 avril dernier à Pretoria. Il se trouvait alors avec son fils et François van der Merwe, responsable du mouvement identitaire afrikaner Bittereinders.
Selon les documents judiciaires, les trois hommes auraient tenté de quitter illégalement l’Afrique du Sud en traversant le fleuve Limpopo pour rejoindre le Zimbabwe. Un plan qui n’a jamais vu le jour. Les policiers sud-africains ont joué les agents doubles. Ils se sont fait passer pour des agents de sécurité privée recrutés par van der Merwe pour organiser la traversée. Une fois le piège refermé, les trois hommes ont été interpellés.
Une source policière, citée par l’AFP, évoque une somme de 250 000 rands (environ 13 500 dollars) versée à van der Merwe pour mettre en place cette opération. Les procureurs sud-africains soutiennent que cet argent aurait une origine russe. Une allégation qui, à ce stade, reste à confirmer dans le cadre de la procédure judiciaire.
Deux profils, une même connexion russe
L’affaire réunit deux personnalités aux trajectoires politiques opposées. Kemi Seba, figure du panafricanisme radical, critique acerbe de l’influence occidentale et soutien affiché des régimes militaires du Sahel. François van der Merwe, leader d’un mouvement identitaire afrikaner fondé en 2021. Deux mondes que tout semble opposer, sauf un possible point commun, des liens avec Moscou.
Les procureurs mettent en avant ces connexions distinctes. Van der Merwe s’est rendu à Moscou en septembre 2024 pour rencontrer une organisation liée à l’oligarque russe Konstantin Malofeev, sous le coup de sanctions occidentales. Kemi Seba, lui, a été entendu par la DGSI en France en octobre 2024 pour des soupçons d’intelligence avec une puissance étrangère, avant d’être relâché sans poursuite.
Ces nouvelles accusations font écho à des révélations plus anciennes. Une enquête de Jeune Afrique, Arte et Die Welt avait déjà établi que Wagner, le groupe paramilitaire russe dirigé par Evgueni Prigojine, avait financé l’ONG Urgences panafricanistes, associée à Kemi Seba, à hauteur de 440 000 dollars entre 2018 et 2019. Prigojine est mort en août 2023 dans un accident d’avion.
Une extradition très attendue
Le Bénin réclame l’extradition de Kemi Seba dans le cadre d’une procédure liée aux événements de décembre 2025. Les autorités béninoises lui reprochent des appels à la rébellion diffusés sur les réseaux sociaux, dans le contexte du putsch manqué évoqué par les autorités. Parallèlement, sa demande d’asile politique en Afrique du Sud reste en attente.
L’audience consacrée à la demande d’extradition, déjà reportée à deux reprises, a de nouveau été renvoyée ce 11 août pour le 23 septembre par Pretoria. Les juges devront déterminer si les éléments évoquant un financement russe reposent sur des faits établis ou s’ils relèvent d’une simple coïncidence. Leur décision pourrait peser lourdement sur la suite de la procédure contre cette figure médiatique du panafricanisme.
