Blocage électoral en Centrafrique : la grève des informaticiens stoppe tout

Nouveau coup d’arrêt dans le processus électoral en République centrafricaine. La publication des résultats du second tour des élections locales et législatives du 26 avril a été suspendue, sur fond de grève au sein de l’Autorité nationale des élections (ANE). Une situation inédite qui plonge le pays dans l’incertitude à un moment crucial de sa transition démocratique.

À l’origine du blocage, les spécialistes informatiques du centre de traitement des données refusent de valider les résultats. Motif invoqué, deux mois d’arriérés de salaires impayés, selon plusieurs sources internes à l’institution électorale. Une situation jugée inédite, même dans un pays habitué aux retards de paiement dans la fonction publique.

« Sans les informaticiens, rien ne peut sortir. Les machines restent éteintes, les chiffres ne peuvent pas être certifiés », confie un agent de l’ANE sous couvert d’anonymat. Conséquence immédiate, près de 70 circonscriptions restent sans verdict. Les candidats, plongés dans l’incertitude, attendent toujours l’issue d’un scrutin censé consolider le retour à une vie politique normale après des années de crise armée.

Parmi les principaux concernés, Anicet-Georges Dologuélé, figure majeure de l’opposition. L’ancien Premier ministre, critique régulier du président Faustin-Archange Touadéra, voit sa situation se compliquer davantage. Mardi, il a été empêché de quitter le territoire à l’aéroport de Bangui, sans qu’aucune décision judiciaire ne lui soit officiellement présentée, selon son avocat Maître Simplice Mathieu Saramandji.

« Mon client n’a reçu aucune notification d’interdiction de voyage. Il s’agit d’une mesure arbitraire qui vise à l’écarter du jeu politique », a dénoncé l’avocat. Cette affaire intervient alors que Dologuélé faisait partie des candidats en lice pour les élections locales, renforçant les soupçons d’une manœuvre politique visant à entraver l’opposition.

Un climat tendu fragilise les institutions

Dans ce climat de méfiance généralisée, les institutions peinent à avancer. Le parti au pouvoir, le Mouvement United Hearts (Coeurs unis), avait déjà obtenu 50 sièges au premier tour, mais la suite du processus reste suspendue à la résolution du conflit social au sein de l’ANE.

Le gouvernement centrafricain s’est dit « préoccupé » par cette situation et a promis de « trouver une solution rapide » pour débloquer les salaires impayés. Mais aucune annonce concrète n’a encore été faite. Les observateurs redoutent une prolongation de la grève, qui pourrait entraîner l’invalidation de tout le processus électoral.

Entre grève prolongée et crispations politiques, la séquence actuelle fragilise davantage un équilibre institutionnel déjà précaire. Depuis la fin de la guerre civile en 2021, la Centrafrique tente de se reconstruire sur des bases démocratiques solides. Mais les retours en arrière successifs (retards électoraux, violences intercommunautaires, crise économique) menacent régulièrement cette fragile stabilité.

« La stabilisation démocratique du pays apparaît, une fois encore, suspendue à des urgences sociales et politiques entremêlées », résume un diplomate accrédité à Bangui. Dans l’immédiat, tous les regards sont tournés vers l’ANE. La balle est désormais dans le camp du gouvernement, sommé de payer ses agents pour que les résultats puissent enfin être proclamés et que la Centrafrique tourne définitivement la page de la transition.

Suivez-nous sur Nasuba Infos via notre canal WhatsApp. Cliquez ici. 

Partager :

Plus d'actualités

Articles Populaires