Le président burkinabè Ibrahim Traoré durcit le ton contre la Cour pénale internationale (CPI). Dans une récente interview, le chef de l’État a vivement critiqué le fonctionnement de cette juridiction internationale, qu’il accuse de pratiquer une justice à deux vitesses. Ses déclarations interviennent après la décision du Burkina Faso, du Mali et du Niger de se retirer du Statut de Rome, texte fondateur de la CPI.
Le Niger a été le premier des trois pays à notifier sa décision aux Nations unies, le 18 juin 2026. Le Burkina Faso et le Mali ont transmis leurs propres notifications six jours plus tard. Les trois démarches ont été enregistrées par l’ONU le 30 juin.
Les gouvernements de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont justifié cette décision par leur défiance envers la CPI. Ils présentent notamment la juridiction comme un instrument qui exercerait une pression disproportionnée sur les États africains et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une forme de répression néocoloniale.
Cette décision s’inscrit dans la rupture progressive opérée par les trois pays avec plusieurs organisations régionales et internationales.
Ibrahim Traoré estime que le bilan de la CPI révèle un déséquilibre dans le traitement des affaires internationales. Selon lui, la juridiction s’est particulièrement intéressée aux dirigeants africains, tandis que les responsabilités de certaines puissances occidentales dans des conflits internationaux restent, à ses yeux, insuffisamment examinées. « La CPI est un organe de l’impérialisme », a-t-il déclaré, selon La Nouvelle Tribune.
Le président burkinabè a également interrogé la représentativité de la justice internationale. « Depuis sa création, combien d’Africains ont été traduits devant la CPI ? Et combien d’Occidentaux ont été traduits devant la CPI ? », a-t-il demandé.
Pour appuyer son argumentaire, Ibrahim Traoré a évoqué les interventions étrangères en Irak et en Libye, ainsi que la crise post-électorale ivoirienne de 2010-2011. Il a notamment cité le cas de Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien acquitté définitivement par la CPI après plusieurs années de procédure.
Une rupture avec les institutions occidentales
Le retrait de la CPI constitue une nouvelle étape dans la recomposition des relations entre les trois pays de l’AES et les institutions internationales. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont déjà quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), après plusieurs années de tensions avec l’organisation régionale.
À Ouagadougou, cette orientation s’accompagne d’un discours axé sur la souveraineté, l’exploitation des ressources naturelles et la transformation des économies locales.
Le gouvernement burkinabè veut notamment renforcer la part des investissements réalisés directement sur le territoire national. Une mesure prévoit ainsi que les organisations non gouvernementales consacrent au moins 80 % de leurs budgets à des investissements sur le terrain.
Le pays met également en avant le développement de capacités industrielles nationales, notamment dans la production d’équipements destinés aux forces armées. Sur le plan international, le Burkina Faso, le Mali et le Niger renforcent parallèlement leur coopération avec la Russie, notamment dans les domaines sécuritaire et économique.
Cette nouvelle orientation traduit la volonté affichée des autorités de l’AES de réduire leur dépendance vis-à-vis des partenaires occidentaux et de privilégier de nouveaux axes de coopération.
Pour Ibrahim Traoré, le retrait de la CPI s’inscrit donc dans une démarche plus large de souveraineté politique et stratégique. Une position qui confirme la profonde recomposition diplomatique engagée par les trois pays sahéliens depuis plusieurs années.

