
Le président paraguayen Santiago Peña a annoncé, jeudi 5 novembre 2026, sa démission, sur fond de crise bancaire et de contestation populaire. L’affaire concerne Ueno Bank, dont la mise sous tutelle par la Banque centrale a affecté près de trois millions de clients. Alors que le Parlement examinait une procédure de destitution contre lui, le chef de l’État a justifié son départ par la nécessité de préserver la stabilité du pays.
« J’ai pris la décision de présenter ma démission de la présidence de la République », a déclaré Santiago Peña dans une vidéo publiée sur le réseau social X. Au pouvoir depuis 2023, il a affirmé agir dans l’intérêt de la paix sociale et des institutions démocratiques.
L’annonce a été faite à peine 48 heures après l’éclatement de la crise Ueno Bank. La Banque centrale du Paraguay a placé l’établissement sous tutelle, entraînant le gel temporaire des dépôts de ses quelque 2,94 millions de clients. L’affaire a rapidement pris une dimension politique, notamment en raison des liens financiers passés du président avec une holding qui détenait des parts dans cette banque.
Une crise bancaire qui tourne à l’affrontement politique
La situation a provoqué la colère de nombreux épargnants, incapables d’accéder à leurs économies. Mardi, des clients ont manifesté devant plusieurs agences de la banque à Asunción. Le lendemain, des centaines de personnes ont rejoint les abords du Parlement pour réclamer le départ du président, aux cris de « Santi fuera ! » (Santi dehors). Des heurts ont opposé certains manifestants aux forces de l’ordre.
« Ueno nous avait approuvé un prêt pour notre première maison. Mais ils n’ont jamais versé l’argent, maintenant nous n’avons plus où vivre », a témoigné Nadia González, une mère de trois enfants âgée de 26 ans, auprès de l’Agence France-Presse (AFP).
Face à l’ampleur de la crise, le Parlement avait adopté mercredi une loi d’urgence destinée à indemniser les épargnants lésés. Le texte prévoit des premiers versements dans les 24 heures, avec des avances pouvant atteindre 40 salaires minimums mensuels, soit environ 20 000 dollars.
Sur le plan judiciaire, huit responsables d’Ueno Bank ont été placés en détention provisoire. Des poursuites ont également été engagées contre une vingtaine d’autres personnes. Le président de la Banque centrale, Carlos Carvallo, qui avait dirigé Ueno par le passé, a lui aussi annoncé sa démission, à la demande de Santiago Peña.
Une succession sous tension
Au moment où Santiago Peña annonçait son départ, les députés examinaient une procédure de destitution à son encontre. Celle-ci a finalement été approuvée à l’unanimité, y compris par les élus de son propre parti, le Parti Colorado. En revanche, les parlementaires ont rejeté une procédure similaire contre le vice-président Pedro Alliana, également cité dans le scandale bancaire.
Âgé de 52 ans, ce dernier apparaît ainsi comme le successeur appelé à prendre les commandes du pays, sous réserve de la validation de la démission présidentielle par le Parlement.
Toutefois, les conditions du départ de Santiago Peña suscitent des interrogations. Selon le constitutionnaliste Alcibiades González Delvalle, une démission acceptée lui permettrait de bénéficier du statut de sénateur à vie et de conserver son immunité. Une issue qui pourrait ainsi lui éviter un procès en destitution devant le Sénat.
Certains élus ont donc plaidé pour la poursuite de la procédure. « Je sais qu’il a perdu la légitimité pour gouverner. […] Il est politiquement responsable de ce qui s’est passé », a déclaré le député du Colorado Alejandro Aguilar.
Dans son message d’adieu, Santiago Peña a assuré que sa priorité restait la protection des épargnants. Il a également demandé pardon aux Paraguayens s’il avait failli à ses responsabilités, affirmant n’avoir jamais voulu trahir leur confiance.
Élu en 2023, cet économiste qui a notamment travaillé à la Banque centrale et au Fonds monétaire international incarnait le renouvellement générationnel du Parti Colorado, au pouvoir depuis plusieurs décennies. La crise Ueno Bank vient ainsi bouleverser son parcours politique et ouvrir une nouvelle période d’incertitude au Paraguay.
