Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix Tshisekedi, a accusé son prédécesseur Joseph Kabila de servir les intérêts du Rwanda dans la rébellion qui secoue l’est du pays. Cette nouvelle charge se fait au moment où l’ancien chef de l’État s’est rapproché du mouvement rebelle M23 et prend désormais la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), une coalition d’opposants au pouvoir de Kinshasa.
« Le président rwandais Paul Kagame a demandé à son pion, qui se cachait dans l’ombre, de sortir et de prendre les commandes de cette offensive », a déclaré Félix Tshisekedi devant des députés de sa coalition au pouvoir. Son discours a été diffusé mardi sur le réseau social X par la présidence congolaise.
Le FRN entend réunir les forces opposées au gouvernement de Kinshasa autour d’une stratégie commune. La coalition, dirigée par Joseph Kabila, compte également des responsables du M23 parmi ses vice-présidents. Elle s’est engagée à « mutualiser ses forces, ses ressources et ses moyens ».
Pour Félix Tshisekedi, cette alliance traduit les difficultés de ses adversaires. « C’est le signe d’un camp aux abois », a-t-il estimé, jugeant que ses opposants, « à court de solutions, ont dû pousser mon prédécesseur au cœur de la bataille ».
Ni Joseph Kabila ni les autorités rwandaises n’avaient immédiatement réagi à ces déclarations. Kigali est régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir le M23, ce que le Rwanda conteste.
Joseph Kabila au cœur du conflit dans l’est
Âgé de 55 ans, Joseph Kabila a dirigé la RDC de 2001 à 2019. Après plusieurs années passées à l’étranger, il est réapparu en mai 2025 à Goma, grande ville de l’est du pays alors sous contrôle du M23. Depuis, il effectue régulièrement des déplacements dans les territoires contrôlés par les rebelles.
Les autorités congolaises l’accusent d’avoir joué un rôle dans la création de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), l’ancienne branche politique du M23, aujourd’hui dissoute. L’ancien président rejette ces accusations. Il a été condamné à mort par contumace en 2025 pour complicité avec le mouvement rebelle.
Le rapprochement entre Joseph Kabila et le M23 intervient dans un contexte sécuritaire toujours tendu. Début 2025, une offensive rapide du groupe armé avait conduit à la prise de Goma, puis de Bukavu. Si la ligne de front s’est depuis stabilisée, des affrontements continuent, notamment dans la province du Sud-Kivu, dans une région stratégique pour ses ressources minières.
Cette recomposition de l’opposition coïncide avec la période où Félix Tshisekedi doit achever en 2028 son deuxième et dernier mandat de cinq ans, conformément à la Constitution actuelle. L’entrée plus directe de son prédécesseur dans le jeu politique et militaire accentue les tensions entre les deux camps, sur fond de conflit persistant dans l’est du pays.
