Au Nigeria, la lutte contre les réseaux transnationaux de narcotrafic franchit une nouvelle étape. L’Agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA) affirme avoir démantelé un important cartel de cocaïne qui utilisait le pays comme point de transit vers le Royaume-Uni, l’Europe et l’Asie. Deux suspects ont été arrêtés, dont celui présenté comme le principal responsable du réseau sur le territoire nigérian.
L’opération est partie d’une saisie spectaculaire de 184,5 kg de cocaïne interceptés dans une cargaison destinée à quitter Lagos par l’intermédiaire d’une société de messagerie. D’après la NDLEA, la valeur de la drogue aurait pu atteindre 39 milliards de nairas sur les marchés de destination.
Face à l’ampleur de la découverte, le patron de l’agence, le général de brigade à la retraite Mohamed Buba Marwa, a mis sur pied une équipe spéciale chargée de remonter la filière jusqu’à ses commanditaires. Les investigations, menées avec la société de logistique concernée, ont permis de mettre au jour plusieurs intermédiaires et structures impliqués dans le traitement des cargaisons.
Un « influenceur » dans le viseur
Parmi les personnes interpellées figure Lawal Mujab Kehinde, employé de la société de logistique utilisée par le réseau. Les enquêteurs lui reprochent d’avoir préparé et acheminé des cargaisons vers le Royaume-Uni, l’Europe et l’Asie, en lien avec le coordinateur nigérian du cartel.
Mais c’est surtout le profil d’Afolabi Kazeem Michael, alias « KC Luxury », qui retient l’attention. Actif sur les réseaux sociaux et présenté comme un homme d’affaires spécialisé dans l’or, les bijoux et les produits de luxe, il est soupçonné d’être la tête de pont du cartel au Nigeria.
Selon la NDLEA, l’intéressé aurait utilisé cette image de réussite pour dissimuler une activité criminelle reliant l’Amérique du Sud au Nigeria, avant l’acheminement de la cocaïne vers plusieurs marchés internationaux.
Les agents l’ont arrêté le 13 août à l’aéroport international Murtala-Muhammed de Lagos, alors qu’il s’apprêtait, selon les enquêteurs, à prendre un vol en classe affaires pour Paris. Sur lui, les autorités ont découvert 7 750 euros, 2 800 livres sterling et 100 000 nairas en espèces, ainsi que des bijoux. Une perquisition de son appartement à Banana Island, dans le quartier huppé d’Ikoyi, a ensuite permis de saisir plusieurs véhicules haut de gamme.
Une filière qui s’étend jusqu’en Europe
L’enquête a également révélé, selon la NDLEA, un système reposant sur de fausses identités et des intermédiaires financiers chargés de faire circuler d’importantes sommes d’argent. Des membres du réseau opérant au Royaume-Uni auraient eux aussi été arrêtés par les autorités britanniques.
Pour Mohamed Buba Marwa, cette affaire illustre surtout la capacité d’adaptation des trafiquants. Sous la pression croissante exercée dans les ports et les aéroports, les réseaux privilégient désormais les sociétés de messagerie et de logistique, qu’ils considèrent comme des voies de transit plus discrètes.
La NDLEA entend précisément renforcer sa surveillance de ces circuits. L’agence inscrit cette opération dans une série de coups portés ces derniers mois à des réseaux internationaux, notamment contre le cartel de Simon Amadi et deux organisations nigériano-mexicaines impliquées dans la production clandestine de méthamphétamine.
À travers cette offensive, Abuja entend également adresser un signal aux trafiquants, en leur faisant comprendre que les contrôles ne se limitent plus aux seuls ports et aéroports. Les circuits logistiques, les intermédiaires financiers et les réseaux dissimulés derrière des façades de respectabilité sont désormais dans le viseur des autorités.

