Côte d’Ivoire : la nouvelle réglementation des spectacles fait grincer des dents

Le secteur du spectacle en Côte d’Ivoire traverse une nouvelle zone de turbulences. La réforme annoncée par le ministère de la Culture et de la Francophonie, qui impose désormais une licence obligatoire à tout organisateur de spectacle, suscite une vive controverse parmi les professionnels de l’événementiel. Si le gouvernement défend une volonté de mieux encadrer l’industrie culturelle, plusieurs acteurs dénoncent une mesure jugée trop coûteuse et potentiellement pénalisante pour les promoteurs indépendants.

Selon les nouvelles dispositions, toute personne physique ou morale souhaitant organiser un spectacle devra désormais obtenir une licence d’entrepreneur de spectacle, valable trois ans. Trois catégories ont été créées. La licence A concerne les exploitants de salles, avec plusieurs sous-catégories selon la capacité d’accueil. La licence B, destinée aux producteurs et tourneurs, exige le paiement de 5 millions de FCFA de frais ainsi qu’une caution bancaire de 5 millions de FCFA. Quant à la licence C, réservée aux diffuseurs, elle prévoit 4,5 millions de FCFA de frais, auxquels s’ajoute également une caution bancaire de 5 millions de FCFA.

La réforme prévoit aussi la création d’une Commission de délivrance des licences de spectacles (CODELES), composée de neuf membres. Cette instance sera chargée d’examiner les demandes de licences, d’homologuer les salles de spectacle et d’émettre des avis sur les éventuelles sanctions.

Parmi les autres mesures figurent l’homologation obligatoire des salles, qui devront présenter des plans certifiés, des contrats d’assurance et des certificats de sécurité délivrés par la protection civile. Les organisateurs disposeront également de six mois pour adopter une billetterie électronique sécurisée par QR code pour tous les spectacles organisés dans des espaces de plus de 200 places. Enfin, les opérateurs étrangers devront obligatoirement s’associer à un entrepreneur ivoirien titulaire d’une licence pour produire ou diffuser un spectacle en Côte d’Ivoire.

Les contrevenants s’exposeront à des amendes pouvant atteindre 5 millions de FCFA, au retrait de leur licence et même à la fermeture de leur établissement.

Si les autorités présentent cette réforme comme un moyen de professionnaliser le secteur, les réactions n’ont pas tardé à émerger. Sur les réseaux sociaux, plusieurs artistes et promoteurs ont exprimé leurs inquiétudes face aux coûts imposés.

L’une des réactions les plus remarquées est celle de l’entrepreneur culturel Kevin Mian. Dans une longue publication, il interpelle directement la ministre de la Culture. Selon lui, les véritables défis du monde artistique ivoirien résident ailleurs.

« Lorsque j’ai vu cette brochette de promoteurs et d’artistes réunis chez vous, je pensais qu’ils allaient enfin parler des difficultés du secteur : l’accès aux soins, le logement des artistes, leur protection sociale ou encore leur rémunération. Mais ils sont venus valider une licence à 10 millions de francs », regrette-t-il.

Kevin Mian estime que les nouvelles exigences financières risquent d’asphyxier les organisateurs de spectacles. Il rappelle qu’au-delà des cachets des artistes, un promoteur doit déjà supporter de nombreuses charges dont la location des salles, la communication, la sécurité, la sonorisation, l’hébergement des équipes et distribution des billets, souvent sans le soutien de sponsors.

Selon lui, imposer jusqu’à 10 millions de FCFA avant même le lancement d’un événement revient à compliquer davantage une activité déjà fragile. Il s’interroge également sur l’absence de mesures destinées à améliorer durablement les conditions de vie des artistes, comme la création d’un centre de santé spécialisé ou d’une banque dédiée au financement du secteur culturel.

Pour l’heure, le ministère de la Culture n’a pas officiellement répondu à ces critiques. La réforme reste néanmoins en vigueur et les acteurs du secteur disposent d’un délai de six mois pour se conformer aux nouvelles exigences. Reste désormais à savoir si le gouvernement acceptera d’assouplir certaines dispositions ou s’il maintiendra le cap malgré la contestation grandissante.

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