mardi 27 janvier 2026

Nation Branding :  Jean-Wilfried Kemajou, au service de la promotion du soft power béninois

Dans un monde saturé d’images et de narratifs concurrents, la puissance d’un État se mesure aussi à sa capacité à maîtriser son récit. Le Bénin en a fait un axe stratégique majeur de son repositionnement international. Au cœur de cette dynamique se trouve Jean-Wilfried Kemajou, l’un des artisans les plus visibles et les plus structurants de la marque-pays béninoise, devenue en quelques années un véritable outil de diplomatie culturelle et d’attractivité.

Né à Douala en 1998 et formé au Cameroun dans le système scolaire français, Jean-Wilfried Kemajou développe très tôt une sensibilité particulière à l’histoire et aux civilisations africaines. Cette curiosité intellectuelle, nourrie par un environnement familial tourné vers la transmission historique, se transforme progressivement en conviction politique : l’Afrique souffre moins d’un déficit de richesses que d’un déficit de récit maîtrisé. Une intuition qui guidera l’ensemble de son parcours.

Après un baccalauréat économique et social obtenu avec mention, il intègre Sciences Po Paris. Sur le campus de Reims, il découvre à la fois l’ouverture internationale et les limites persistantes des imaginaires globaux concernant l’Afrique. Lecteur de Kwame Nkrumah et de Catherine Coquery-Vidrovitch, engagé au sein de l’association Sciences Po pour l’Afrique, il prend conscience d’un déséquilibre narratif profond. Les enseignements de figures intellectuelles comme Pap Ndiaye ou David Colon affinent chez lui une lecture critique des mécanismes de l’influence, de la propagande et du soft power.

Pour Jean-Wilfried Kemajou, la communication n’est pas un simple exercice cosmétique : elle est un rapport de force. Diplômé d’un master en communication, médias et industries créatives, il rejoint le groupe Havas, où il se forge une solide expertise au contact de grandes entreprises du CAC 40. Il intègre ensuite le pôle international de l’agence, travaillant sur des stratégies de réputation et de repositionnement pour des États, notamment au Moyen-Orient. Cette expérience lui permet d’acquérir une compréhension fine des ressorts géopolitiques de l’image, entre attractivité économique, diplomatie culturelle et projection symbolique.

L’année 2022 marque un tournant décisif. Une tribune qu’il publie dans un média panafricain, consacrée à la réappropriation de l’histoire africaine dans un contexte de débats sur la restitution des œuvres culturelles, trouve un écho inattendu. Le texte circule, interpelle, et attire l’attention des autorités béninoises. Le contact s’établit rapidement. À la clé : une proposition qui l’amène à faire un choix fort. Il quitte Paris, renonce à une trajectoire confortable dans un grand groupe international et s’installe à Cotonou.

Rattaché à l’Agence présidentielle Bénin Tourisme, Jean-Wilfried Kemajou devient coordonnateur de la marque-pays. Sa mission est transversale : harmoniser, structurer et déployer l’ensemble des actions visant à promouvoir le Bénin sur la scène internationale, du tourisme aux investissements, des arts et de la culture à l’innovation et aux exportations. Cette démarche s’inscrit dans la vision portée depuis 2016 par le président Patrice Talon, qui a fait de la culture et du patrimoine des leviers centraux du développement et du rayonnement du pays.

Restitution progressive des trésors royaux, construction de musées nationaux, réhabilitation de sites historiques, développement d’infrastructures balnéaires et hôtelières, émergence de grands rendez-vous culturels : le Bénin investit massivement dans son image. Sur la décennie qui s’achève en 2026, près de deux milliards d’euros ont été engagés, avec un objectif clair : accueillir deux millions de touristes à l’horizon 2030.

Dans ce contexte, la plateforme de marque « Bénin, un monde de splendeurs », annoncée officiellement en 2024, devient l’ossature d’un récit national renouvelé. Loin des clichés figés, Jean-Wilfried Kemajou défend une narration ancrée dans l’histoire  celle du royaume du Danxomè, des Agodjié et du Vodun  mais résolument tournée vers l’avenir. Le Bénin est présenté comme une destination culturelle, créative et innovante, capable de dialoguer d’égal à égal avec les grandes scènes internationales.

La stratégie se matérialise par une présence ciblée dans des espaces d’influence : Biennale de Venise, Exposition universelle d’Osaka 2025, expositions itinérantes, campagnes digitales appuyées par l’écosystème de Sèmè City. Les Vodun Days, dont la communication internationale a été profondément repensée, illustrent cette montée en puissance. Dès leur troisième édition, l’événement a rassemblé plus de 740 000 participants (en 2026), confirmant la capacité du Bénin à transformer son patrimoine spirituel en vecteur d’attractivité contemporaine.

En 2025, la reconnaissance dépasse les frontières nationales. Jean-Wilfried Kemajou est sélectionné dans la liste Forbes Afrique 30 Under 30, consacrant son rôle dans la structuration de la communication internationale du Bénin. Une distinction qu’il interprète avant tout comme le fruit d’un travail collectif et d’une vision partagée. Pour lui, la maîtrise de l’image n’est ni accessoire ni symbolique : elle conditionne la capacité des États africains à peser dans la compétition mondiale.

À travers son parcours, Jean-Wilfried Kemajou incarne une nouvelle génération de stratèges africains du nation branding, formés aux standards internationaux mais porteurs d’une vision souveraine de l’influence. Entre diplomatie culturelle, ingénierie narrative et affirmation identitaire, il contribue à redéfinir les contours du soft power africain. Concentré sur la consolidation durable de la marque-Bénin, il se projette peu au-delà de sa mission actuelle. Pour l’heure, l’enjeu est clair : faire du Bénin, un monde de splendeurs, non un slogan, mais un récit crédible, compétitif et durable sur la scène mondiale.

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