Mohamed Lamine Bangoura, haut magistrat guinéen et ancien président de la Cour constitutionnelle, fait l’objet de poursuites pour un détournement de fonds estimé à 20 milliards de francs guinéens (environ 2 millions d’euros), selon des informations obtenues par l’AFP le 24 février 2026.
À la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief) qui le poursuit depuis 2022, Mohamed Lamine Bangoura a contesté toutes les charges pour lesquelles il est détenu. Il nie tout détournement des fonds publics mis à la disposition de la Cour constitutionnelle pendant sa présidence.
Le prévenu a indiqué que sous sa présidence, son institution recevait une subvention trimestrielle de 1,2 milliard de francs guinéens, de 3 à 5 milliards à chaque élection, ainsi qu’une subvention annuelle de 20 milliards. Selon lui, ces fonds ont été utilisés en toute transparence. C’est précisément l’utilisation de ces sommes qu’il lui est demandé de justifier.
Les avocats des parties civiles soulignent que Mohamed Lamine Bangoura possède des biens meubles et immeubles tant en Guinée qu’à l’étranger, qu’ils considèrent comme des signes de détournement de deniers publics.
« On a cité l’immeuble de Dakar qui peut coûter plus de 400 millions de francs CFA selon son notaire, il y a l’immeuble de Nongo (Conakry) qui a coûté plus de trois milliards de francs guinéens. La cour va examiner pour savoir si les montants encaissés au titre des salaires et indemnités pendant son passage à la Cour constitutionnelle suffisent pour expliquer l’origine licite de l’acquisition de ses biens », explique Me Antoine Pépé Lamah.
La défense plaide la régularité
« À la Cour constitutionnelle, il a un traitement. Il vous a dévoilé son salaire, il avait des avantages, il avait des primes, pour quelqu’un qui est bien organisé, il peut bien avoir un immeuble à Dakar ou ailleurs », a plaidé Me Facinet Soumah, l’avocat de la défense.
Mohamed Lamine Bangoura, en tant que président de la Cour constitutionnelle, a présidé les sessions de validation des élections et des référendums de 2018 à 2021, notamment la très controversée réforme constitutionnelle de 2020, qui a ouvert la voie à un troisième mandat de l’ancien président Alpha Condé.
La prochaine audience est attendue avec impatience par les parties civiles, alors que la justice guinéenne cherche à faire la lumière sur l’utilisation des fonds publics par les hauts responsables de l’ancien régime.
