Frontière fermée, accusations d’ingérence française, explosion des attaques jihadistes. La crise entre Cotonou et Niamey n’a jamais été aussi dangereuse. L’arrivée au pouvoir de Romuald Wadagni, technocrate discret mais expérimenté, pourrait-elle changer la donne ? Décryptage d’un bras de fer silencieux.
La rupture entre le Bénin et le Niger ne se limite pas à un simple contentieux frontalier. Elle est le symptôme d’une recomposition régionale où les alliances traditionnelles volent en éclats. Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, le président béninois sortant Patrice Talon avait soutenu la ligne dure de la CEDEAO. Conséquence immédiate, Niamey a verrouillé sa frontière avec le Bénin. Et même après la levée des sanctions ouest-africaines en février 2024, la frontière est restée obstinément fermée.
Parallèlement, le Niger accuse le Bénin de servir de « poumon logistique » à la France, une puissance honnie par la junte. Faute de coordination transfrontalière, les attaques jihadistes ont bondi de 86 % entre 2024 et 2025 dans la zone des trois frontières. Un chiffre qui donne le vertige et montre l’urgence d’un sursaut.
L’atout technocrate
Ancien ministre des Finances pendant dix ans, Romuald Wadagni incarne une forme de rupture dans la continuité. Moins perçu comme un homme de confrontation, il ouvre la voie à un réengagement pragmatique et crédible avec Niamey.
Deux leviers pourraient être activés. Le premier concerne l’oléoduc Niger-Bénin. le président élu Romuald Wadagni pourrait proposer une « administration séparée » dotée d’un statut technique et commercial neutre, garanti par des institutions bancaires internationales. Une nécessité absolue pour le Niger, qui a besoin de ces revenus pour financer son effort de guerre contre les groupes armés.
Le second levier touche à la sécurité. Le nouveau président béninois pourrait créer des patrouilles mixtes aux frontières et des cellules de renseignement partagées, en priorité autour du complexe W-Arly-Pendjari (Wap), sanctuaire jihadiste dans lequel les groupes terroristes se retranchent.
Le piège nigérien
Un dilemme guette pourtant les militaires nigériens si Romuald Wadagni leur tend la main. Depuis le putsch, ils ont bâti leur légitimité sur une posture d’indépendance radicale et un refus affiché de tout compromis avec les « valets de la France ». Accepter l’offre béninoise reviendrait à risquer de perdre la face aux yeux de leur base.
Mais l’asphyxie économique, elle, ne pardonne pas. Les prix flambent, les populations souffrent et les recettes pétrolières se font rares. Or, le Niger a besoin de cet argent pour tenir.
De ce côté-ci de la frontière, Romuald Wadagni dispose d’au moins deux avantages majeurs pour convaincre. D’abord, aucun passif personnel ou politique ne l’encombre dans ses relations avec Niamey. Ensuite, son carnet d’adresses international lui permet de garantir des accords crédibles, adossés à des institutions financières reconnues.
À cela s’ajoute une évidence économique que les deux pays ne peuvent ignorer. Le Bénin ne pourra jamais prospérer durablement si le Niger continue de s’enfoncer dans l’insécurité et l’isolement commercial. Les deux pays sont condamnés à s’entendre ou à s’affaiblir mutuellement.
Le danger réside dans l’immobilisme idéologique des militaires nigériens, qui pourraient préférer le confort de la posture à la rigueur des nécessités. Mais les réalités du terrain, l’étau économique et la pression populaire pourraient bien finir par les rattraper. Et si Wadagni sait tendre la main au bon moment, peut-être que Niamey saisira cette bouée. Avant qu’il ne soit trop tard.

