Nigeria : pour Olusegun Obasanjo, « aucune démocratie africaine » n’existe réellement

Au Nigéria, l’ancien président Olusegun Obasanjo a vivement critiqué le modèle démocratique appliqué sur le continent africain. Lors du Democracy Dialogue 2026, organisé mardi à Bauchi par la fondation de l’ancien président Goodluck Jonathan, il a estimé que les systèmes politiques actuels ne correspondent pas aux réalités historiques et culturelles africaines.

Devant des responsables politiques, des magistrats et des représentants de la société civile, Olusegun Obasanjo a dénoncé un modèle démocratique qu’il considère comme largement hérité de la colonisation.

Selon l’ancien chef de l’État, ce système ne repose ni sur un contexte ni sur des réalités propres au continent. Il a résumé sa position par la formule « no African context, no African content ».

L’ancien président s’est notamment attaqué au système électoral majoritaire. À ses yeux, celui-ci permet au camp arrivé en tête de s’emparer de l’essentiel du pouvoir, tandis que les formations battues sont reléguées dans l’opposition sans véritable mécanisme de partage ou de participation à la gouvernance.

Cette situation contribuerait, selon lui, à installer une méfiance durable entre le pouvoir et les partis d’opposition, souvent considérés comme des adversaires politiques plutôt que comme des acteurs indispensables au fonctionnement des institutions.

Ce n’est pas la première fois qu’Olusegun Obasanjo remet en cause le modèle démocratique en vigueur en Afrique. En mars 2025, lors d’un colloque organisé à Abuja en hommage à l’ancien vice-président de la Chambre des représentants Emeka Ihedioha, il avait déjà estimé que la démocratie africaine était « en voie d’extinction ».

L’ancien dirigeant défend depuis plusieurs années l’idée que les sociétés africaines précoloniales disposaient de mécanismes de gouvernance et de consultation qui pourraient inspirer les systèmes contemporains.

Lors d’une consultation organisée plus tard à la bibliothèque présidentielle d’Abeokuta, il avait ainsi développé le concept d’« Afro-démocratie », présenté comme un modèle devant mieux prendre en compte les réalités multiculturelles et historiques du continent.

Un ancien président devenu critique de son propre système

La position d’Olusegun Obasanjo présente une dimension particulière compte tenu de son propre parcours. Il a dirigé le Nigeria à deux reprises. D’abord comme chef militaire, de 1976 à 1979, puis comme président élu de 1999 à 2007.

Son premier passage au pouvoir avait notamment été marqué par la transition vers un régime civil en 1979. Lors de précédentes critiques formulées par l’ancien chef de l’État, le conseiller présidentiel nigérian à l’information Bayo Onanuga avait d’ailleurs rappelé le rôle joué par Obasanjo dans l’instauration de ce système.

Des décennies plus tard, l’ancien président appelle désormais à dépasser ce modèle pour construire une démocratie davantage adaptée aux réalités africaines.

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