En Côte d’Ivoire, le gouvernement veut mettre de l’ordre dans le secteur de la livraison, en pleine expansion à Abidjan. Les autorités souhaitent notamment instaurer un cadre réglementaire pour les coursiers indépendants et les entreprises qui évoluent dans cette activité dominée par l’informel.
Une première concertation s’est tenue samedi 15 août 2026 à Cocody entre les responsables de la Direction générale des Transports terrestres et de la Circulation (DGTTC), les coursiers indépendants et les dirigeants de petites et moyennes entreprises. À l’issue de cette rencontre, le ministère des Transports et des Affaires maritimes a annoncé plusieurs mesures destinées à professionnaliser la filière.
Au cœur de la réforme figure la création d’une licence d’exploitation. Le ministère travaille avec la Poste de Côte d’Ivoire à la mise en place de ce document, qui doit permettre d’identifier officiellement les livreurs en activité dans les communes d’Abidjan et de leur donner un statut juridique mieux défini.
La réforme doit également associer les plateformes numériques et les organisations de coursiers. Un atelier technique réunira prochainement les concepteurs d’applications et les coopératives du secteur afin de poursuivre les discussions sur les modalités de cette nouvelle réglementation.
Renforcer la formation et la sécurité routière
Pour les autorités ivoiriennes, la professionnalisation passe aussi par une meilleure formation des conducteurs. Les auto-écoles devront notamment renforcer l’apprentissage du Code de la route destiné aux utilisateurs de motos et de tricycles. Les épreuves pratiques devraient également être durcies afin de mieux évaluer la maîtrise des engins à deux et trois roues.
Le directeur général des Transports terrestres et de la Circulation, Oumar Sacko, estime que le renforcement des compétences constitue un levier essentiel pour réduire les accidents et assurer la pérennité de l’activité.
Les chiffres disponibles montrent l’ampleur du problème. En 2024, les deux-roues ont été impliqués dans 5 549 accidents en Côte d’Ivoire, contre 5 583 en 2025. Les tricycles ont, eux, été concernés par 1 201 accidents en 2024 et 1 126 en 2025. Au premier semestre 2026, les autorités ont déjà recensé 3 419 accidents impliquant des deux-roues et 711 concernant des tricycles.
La réforme prévoit par ailleurs de revoir certaines procédures administratives liées notamment à l’immatriculation des engins, avec l’objectif de simplifier et de clarifier les responsabilités des différentes administrations.
Un secteur devenu un important pourvoyeur de revenus
Derrière la volonté de réglementer, le gouvernement entend aussi préserver une activité devenue une source importante de revenus pour de nombreux jeunes.
À Abidjan, certains livreurs effectuent entre 15 et 25 courses par jour, pour un tarif moyen annoncé autour de 1 500 francs CFA par course. Les revenus mensuels peuvent ainsi atteindre plusieurs centaines de milliers de francs CFA, voire dépasser le million selon l’activité.
Les organisations professionnelles évoquent environ 5 000 conducteurs officiellement enregistrés, un chiffre qui serait toutefois largement inférieur à la réalité du marché. La livraison express demeure en effet très largement informelle.
Pour les autorités, l’enjeu consiste désormais à encadrer cette croissance sans fragiliser l’emploi qu’elle génère. La mise en place d’un statut professionnel, l’amélioration de la formation et le renforcement de la sécurité routière doivent permettre de faire entrer progressivement la filière dans un cadre plus structuré.
