Wadagni, un an après Parakou : des promesses aux premiers actes

Le 4 octobre 2025, Romuald Wadagni était investi candidat de la mouvance présidentielle à Parakou. Un an plus tard, élu avec 94,27 % des voix et installé à la Marina depuis le 24 mai, il a lancé une série de mesures sociales : urgences vitales sans paiement préalable, gratuité scolaire pour les filles, retour des bus universitaires, pôles territoriaux de développement. Sans oublier de saluer ceux qui font briller le pays, de Saara Houansou à Noélie Yarigo. Reste à inscrire ces engagements dans la durée.

Le 4 octobre 2025, au stade municipal de Parakou, les partis de la mouvance présidentielle investissaient Romuald Wadagni pour l’élection présidentielle. Un an plus tard, le candidat est devenu chef de l’État. Élu dès le premier tour le 12 avril 2026 face à Paul Hounkpè, il a obtenu 94,27 % des suffrages selon les résultats définitifs de la Cour constitutionnelle, avec un taux de participation de 58,75 %. Il a prêté serment le 24 mai. Ce score est sans appel, il confère une légitimité forte, mais aussi une obligation de résultats à la hauteur de cette légitimité.

Cet anniversaire ne se prête donc plus à la célébration d’une promesse. Il invite à se demander ce que Parakou annonçait, et ce que la fonction exige désormais.

Un parcours plutôt qu’une ambition soudaine

Romuald Wadagni n’est pas arrivé en politique par une candidature de circonstance. Avant le gouvernement, il avait fait carrière dans l’audit et le conseil à l’international, jusqu’à devenir associé chez Deloitte. Nommé ministre de l’Économie et des Finances en 2016, il a été pendant près de dix ans l’un des principaux artisans des réformes conduites sous Patrice Talon : budgets-programmes, mobilisation des recettes, modernisation de l’administration financière, amélioration de la signature du Bénin sur les marchés internationaux.

Cette expérience explique le choix de Parakou. La majorité cherchait quelqu’un qui connaissait les réformes de l’intérieur et qui pourrait les poursuivre sans les figer.

Quatre mois pour donner le ton

Depuis le 24 mai, le nouveau président a cherché à concilier continuité et rupture. Il a formé son gouvernement dès le jour de son investiture : 24 membres, dont environ un tiers venus de l’équipe précédente. Il n’a nommé aucun ministre d’État et a rétabli un ministère de la Communication. Il a aussi changé la méthode de travail. Le Conseil des ministres, autrefois hebdomadaire, se réunit désormais le premier mercredi de chaque mois et est préparé en amont par des conseils de cabinet thématiques. Dès le premier Conseil, le 28 mai, le cap était fixé : éradiquer l’extrême pauvreté grâce à un développement plus régionalisé, et renforcer la sécurité nationale.

Le Conseil des ministres du 3 juin a été celui des premiers engagements sociaux.

La santé. Les urgences vitales sont désormais prises en charge sans paiement préalable dans les hôpitaux et centres de santé publics. Un milliard de francs CFA a été débloqué pour constituer les stocks de médicaments et de consommables.

L’éducation. La gratuité de la scolarité est étendue à toutes les filles du secondaire public, dans les 77 communes, dès la rentrée 2026-2027.

L’agriculture. Des subventions sont instituées pour les producteurs de riz, de coton, de soja et de cajou à partir de la campagne 2026-2027.

Le 1er juillet, le gouvernement a réduit les redevances mensuelles payées par les commerçants des marchés modernes.

La rentrée a marqué une nouvelle étape. Le Conseil du 2 septembre a adopté un plan social d’environ 30 milliards de francs CFA pour l’école et l’université. Les cantines scolaires passeront de 1,4 à 1,9 million d’écoliers bénéficiaires. Les bourses sont revalorisées jusqu’à 49 % selon les filières. Restaurants universitaires, logements et infirmeries des campus seront réhabilités. La mesure la plus visible est le retour du transport universitaire, suspendu depuis plusieurs années. Depuis le 21 septembre, 63 bus neufs desservent les quatre universités publiques sur une trentaine de lignes réparties dans douze villes, de Natitingou à Porto-Novo, pour 200 francs CFA le trajet.

Ces décisions ont un point commun : elles touchent directement le budget des ménages et des étudiants. Elles répondent à la critique la plus souvent adressée à la décennie précédente, celle d’une croissance robuste mais trop peu ressentie dans la vie quotidienne.

Le développement au plus près des territoires

Le 23 septembre, au palais de la Marina, le chef de l’État a présenté le cadre de mise en œuvre de la réforme la plus structurante de son projet : les pôles territoriaux de développement. Toute la chaîne de l’action publique était présente : les maires des 77 communes, les douze préfets, le Conseil économique et social, le président de l’Assemblée nationale et l’ensemble du gouvernement.

Le principe est de découper le pays en six pôles. Chacun aura sa propre stratégie, bâtie sur ses ressources, ses savoir-faire et ses filières, et les limites des pôles ne recoupent pas toujours celles des départements. Des délégués généraux en coordonneront l’action. Des feuilles de route territoriales en fixeront les objectifs, et les performances de chaque pôle seront évaluées. L’objectif affiché rejoint le cap fixé dès le premier Conseil des ministres : faire reculer l’extrême pauvreté là où elle se concentre et créer de la richesse dans les territoires.

Si cette réforme tient ses promesses, elle pourrait marquer durablement le septennat. Elle donnerait corps à l’idée d’une croissance qui ne profite plus seulement à Cotonou et au corridor côtier, mais aussi à l’Atacora, au Borgou et au Mono.

Honorer ceux qui font briller le Bénin

Le nouveau président a également voulu donner une place à la reconnaissance nationale. Le 31 juillet, veille du 66e anniversaire de l’indépendance, il a présidé la première Cérémonie nationale du Mérite et de la Mémoire. Des élèves brillants y ont été distingués aux côtés d’acteurs de la culture, de la musique, du sport, de l’agriculture, de l’engagement social et de l’inclusion. Sagbohan Danialou, Wally Badarou et Angélique Kidjo ont été élevés dans l’Ordre du Mérite artistique et culturel. La cérémonie doit désormais se tenir chaque année. Devant les jeunes, le président a résumé le message en trois mots : le travail, la discipline, l’éthique.

Ce n’est pas resté un rendez-vous isolé. Depuis l’été, chaque fois qu’un talent béninois s’est illustré, la présidence a répondu présent.

Angélique Kidjo. Le 18 août, elle est devenue la première artiste africaine à recevoir une étoile sur le Hollywood Walk of Fame. Le chef de l’État a dépêché son ministre de la Culture à Los Angeles pour représenter le pays à ses côtés.

Saara Houansou. Sacrée à Abidjan le 14 août, elle a offert au Bénin sa première victoire à The Voice Afrique francophone. Le président l’a appelée personnellement dans les heures qui ont suivi, puis l’a reçue à la Marina le 1er septembre.

Noélie Yarigo. Le 24 août, à Daegu, elle est devenue championne du monde Masters du 800 m dans la catégorie W40. Elle a reçu un appel du président quelques instants après sa course, puis a été reçue au palais le 22 septembre pour parler de la suite de sa carrière.

Les Amazones U20. Elles disputaient en Pologne la toute première Coupe du monde féminine U20 de l’histoire du football béninois, et ont arraché un nul 2-2 face au Mexique pour leur entrée. Après la lourde défaite contre l’Argentine, le chef de l’État leur a adressé un message pour les inviter à garder la tête haute : une défaite n’efface ni le courage ni le chemin parcouru.

Olympe Bhêly-Quenum. Le 21 septembre, au lendemain de ses cent ans, le président a rendu hommage, au nom de la nation, à l’auteur du Chant du lac, l’un des pères des lettres africaines d’expression française.

Ces gestes ne coûtent presque rien au budget, mais ils ont une portée réelle. Ils relient les générations, du centenaire Bhêly-Quenum aux joueuses de vingt ans. Ils rappellent aussi qu’une nation qui célèbre ses talents, dans la victoire comme dans l’épreuve, donne à sa jeunesse des modèles plutôt que des slogans.

Le vrai défi : passer de l’annonce à l’effet

Ces mesures ne sont pourtant qu’un début. La gratuité scolaire prendra tout son sens si les établissements peuvent accueillir les élèves supplémentaires. La prise en charge des urgences devra résister à l’épreuve des hôpitaux de district, et pas seulement à celle des grands centres urbains. Les subventions agricoles devront parvenir aux producteurs plutôt que se perdre en chemin. Les bus universitaires devront tenir la cadence au-delà de la rentrée, là où les dispositifs précédents s’étaient essoufflés.

Les prochains rendez-vous permettront de juger la solidité de l’ensemble. Le budget 2027 et le nouveau Programme d’action du gouvernement doivent fixer le cadre du septennat. Il faudra y lire comment l’emploi des jeunes, la sécurité dans le Nord et la montée en puissance des six pôles territoriaux seront financés dans la durée.

Un ministre des Finances répond de ses équilibres budgétaires. Un président répond aussi de ce que les citoyens vivent au quotidien. Romuald Wadagni a choisi de commencer son mandat par le social. Il lui reste à prouver que ces engagements s’inscriront dans la durée.

Une légitimité qui oblige

L’investiture de Parakou n’était pas l’aboutissement naturel d’une carrière. L’élection d’avril ne l’est pas davantage. La confiance reçue engage celui qui la reçoit. Elle lui demande de faire de l’intérêt général la boussole de l’action publique et de parler à tous les Béninois, y compris ceux qui ne se sont pas reconnus dans ce scrutin.

À Parakou, il y a un an, une majorité confiait ses espoirs à un homme. Depuis le 24 mai, c’est tout le pays qui attend des résultats. Les premiers signaux sont posés, mais l’essentiel du travail reste à faire.

  • Romuald Wadagni
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