Le Ghana et le Liberia poursuivent leur plaidoyer en faveur des réparations liées à l’esclavage et à la colonisation. Mais leurs accords avec Washington sur l’accueil de migrants expulsés des États-Unis suscitent des critiques d’organisations de défense des droits humains.
Le 22 octobre 2026, à Londres, le président ghanéen John Dramani Mahama a renouvelé son appel à la reconnaissance des injustices historiques. Il a exhorté les gouvernements occidentaux à présenter des excuses et à engager des mesures concrètes en faveur de la justice réparatrice. « Nous ne sommes pas ici pour réclamer l’argent des contribuables », a-t-il déclaré, tout en plaidant pour la reconnaissance des faits et des réponses à la hauteur des préjudices subis.
En mars 2026, Accra avait parrainé une résolution des Nations unies qualifiant l’esclavage transatlantique des Africains de crime particulièrement grave contre l’humanité. Le texte aurait recueilli 123 voix, malgré l’opposition américaine.
Les débats évoquent également une estimation de 100 000 milliards de dollars, attribuée au politologue ghanéen Daniel T. Osabu-Kle et relayée dans une publication de l’Union africaine. Ce montant ne correspond toutefois pas à une demande officielle du gouvernement ghanéen.
Monrovia partage le plaidoyer africain
Le Liberia défend lui aussi la cause des réparations. En février 2025, son président, Joseph Boakai, avait soutenu cette démarche lors d’un sommet de l’Union africaine, soulignant la nécessité de répondre aux conséquences durables de l’esclavage et du colonialisme.
Dans le même temps, Accra et Monrovia ont conclu des arrangements avec Washington pour accueillir des ressortissants de pays tiers expulsés des États-Unis. En septembre 2025, le Ghana avait confirmé l’arrivée d’un premier groupe de 14 personnes, dont des Nigérians et un Gambien. En août 2026, le Liberia avait accepté d’accueillir jusqu’à 1 200 personnes sur douze mois.
Ces accords soulèvent des interrogations sur les conditions d’accueil et la protection des personnes transférées. Des documents américains examinés par The Washington Post auraient évoqué une promesse de don de 5 millions de dollars au Liberia et un projet d’accord de 40 millions de dollars qui n’était pas opérationnel. Monrovia a nié tout paiement direct en échange de cet accueil, tout en reconnaissant l’existence d’une aide américaine.
Des choix diplomatiques contestés
Selon The Washington Post, à la fin de juin 2026, les États-Unis avaient autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour des accords d’expulsion qui concernaient 31 pays. De son côté, Human Rights Watch a recensé 536 transferts de migrants vers des pays africains autres que leur pays d’origine entre janvier 2025 et août 2026, et a documenté des cas de détention, de mauvais traitements et de risques de persécution.
Le Nigeria, le Burkina Faso et l’Afrique du Sud figurent parmi les pays qui se sont opposés à certaines demandes américaines.
Pour le Ghana et le Liberia, le défi consiste donc à poursuivre leur revendication de justice historique et, en même temps, à répondre aux critiques contre leur coopération migratoire avec Washington.
