Afrique : l’Union africaine lance sa propre agence de notation financière

L’Afrique veut peser davantage sur la manière dont son risque financier est évalué. L’Union africaine a officiellement lancé, le 7 octobre à Maurice, l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), une agence panafricaine destinée à proposer une nouvelle lecture du risque souverain et des entreprises du continent.

L’objectif est stratégique. Les notes attribuées par les grandes agences internationales influencent directement le coût auquel les États et les entreprises africains empruntent sur les marchés. Pour les promoteurs de l’AfCRA, une évaluation davantage adaptée aux réalités économiques locales pourrait contribuer à réduire certaines perceptions du risque africain et, à terme, à faciliter l’accès aux capitaux.

Moody’s, S&P et Fitch occupent aujourd’hui une place centrale dans l’évaluation du risque financier mondial. L’AfCRA entend leur proposer une alternative africaine, avec des critères qui prennent davantage en compte les spécificités économiques du continent.

Selon les promoteurs du projet, le problème tient notamment à la manière dont le risque africain est apprécié. Les économies locales, les marchés en monnaie nationale et certaines dynamiques propres aux États africains seraient insuffisamment intégrés dans les évaluations traditionnelles.

Le besoin est d’autant plus important que la couverture du continent reste incomplète. Selon les données avancées lors du lancement, seuls 32 des 55 États africains sont actuellement notés par les trois grandes agences internationales. Vingt-trois pays restent donc en dehors de leur champ de notation.

L’indépendance, principal test de crédibilité

La nouvelle agence devra toutefois relever un défi majeur : convaincre les investisseurs de son indépendance. Une agence appelée à noter les États africains ne peut, selon ses promoteurs, être perçue comme dépendante des gouvernements qu’elle évalue.

Le dispositif retenu vise précisément à éviter ce risque. Aucun gouvernement africain ne doit détenir de participation au capital de l’AfCRA. Au lancement, les 1 000 actions émises sont détenues par Plus 94 Research, une société sud-africaine spécialisée dans la recherche et l’intelligence de marché. L’agence prévoit ensuite d’ouvrir son capital à des investisseurs agréés, avec l’émission de 2 000 actions supplémentaires.

Cette indépendance sera déterminante pour établir la réputation de l’institution. Car si l’AfCRA entend corriger ce qu’elle considère comme une surestimation du risque africain, elle devra surtout démontrer que ses propres évaluations reposent sur des méthodes rigoureuses et transparentes.

Maurice veut devenir une passerelle financière

Le choix de Maurice pour accueillir le siège de l’agence n’est pas anodin. L’île entend renforcer son rôle de plateforme financière entre l’Afrique et les marchés internationaux.

Pour les autorités mauriciennes, l’installation de l’AfCRA constitue ainsi une opportunité de consolider la place financière de l’île et de contribuer à la mobilisation de capitaux vers les économies africaines.

Mais au-delà du symbole, la nouvelle agence devra désormais transformer ses ambitions en résultats. Sa capacité à produire des notes jugées crédibles par les investisseurs sera le véritable test de cette nouvelle étape de la souveraineté financière africaine.

 

Partager :

Plus d'actualités

Articles Populaires