Les concessionnaires critiqués pour ne pas avoir répercuté les baisses de prix aux clients malgré les avantages fiscaux de l’État.
Les promesses de l’exonération
Depuis la fin de l’année 2021, l’État béninois avait annoncé une bonne nouvelle aux automobilistes : une exonération totale des droits de douane et de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) pour l’acquisition de véhicules neufs. Une mesure reconduite chaque année et toujours en vigueur en 2026, avec même des abattements progressifs (99% pour les véhicules électriques, 95% pour les hybrides, 90% pour les autres).
L’objectif affiché était clair : rendre les véhicules neufs plus accessibles aux consommateurs béninois et promouvoir un parc automobile moderne et moins polluant.
La réalité : des prix qui n’ont pas baissé
Or, plus de quatre ans après le lancement de cette politique incitative, le constat sur le terrain est amer. Nombreux sont les consommateurs et observateurs du secteur automobile qui dénoncent une réalité : certains concessionnaires n’ont pas répercuté ces économies substantielles aux clients.
« Nous avons espéré des réductions de prix significatives dans le secteur, mais rien de, concret chez plusieurs de nos concurrents», témoigne un importateur automobiles établi à Cotonou, sous couvert d’anonymat. « Quelques concessionnaires le font, certes, mais c’est l’exception qui confirme la règle ».
Une comparaison révélatrice
Ce qui est encore plus troublant, c’est une comparaison simple avec les prix pratiqués dans les pays voisins de la sous-région qui n’ont pas mis en place cette exonération fiscale. Les constats sont éloquents : les prix affichés pour des véhicules identiques sont quasi similaires au Bénin et dans ces pays.
Comment expliquer que le consommateur béninois, censé bénéficier d’une exonération des droits de douane et de la TVA, paie autant qu’un acheteur dans un pays sans ces avantages ? La réponse semble évidente : des concessionnaires empochent simplement la différence en augmentant le prix hors taxe.
Qui profite vraiment ?
Selon les sources sectorielles, l’exonération de la TVA et des droits de douane représente une économie potentielle de 4 millions de francs CFA pour un véhicule valant 10 millions de francs CFA. Mais ces 4 millions, où vont-ils réellement ? Pour quelques rares concessionnaires transparents, une partie revient au consommateur. Pour la majorité, ces montants gonflent simplement les marges bénéficiaires
L’exemple des véhicules thermiques
Prenons un exemple concret : une berline classique de marque reconnue, vendue 15 millions de francs CFA à Cotonou. Au Togo ou au Burkina Faso, pays voisins sans exonération fiscale comparable, le même véhicule s’affiche au même prix, voire moins cher.
Comment est-ce possible ? Alors qu’au Bénin, l’exonération des droits de douane et de la TVA devrait réduire le coût de 2 à 3 millions de francs CFA, on observe que les concessionnaires béninois maintiennent les mêmes tarifs que leurs homologues régionaux. Une illustration criante du détournement de l’intention gouvernementale : l’avantage fiscal censé profiter aux citoyens finit dans les poches des revendeurs.
L’impact sur le marché
Cette pratique des concessionnaires a plusieurs conséquences :
Pour le consommateur : Les achats de véhicules neufs restent inaccessibles à la classe moyenne, qui se tourne vers l’occasion
Pour l’État : L’objectif de modernisation du parc automobile n’est pas atteint, et les dépenses fiscales ne produisent pas les résultats escomptés
Pour le marché : Une distorsion qui avantage certains opérateurs sans bénéficier
réellement aux consommateurs
Les questions qui demeurent
Plusieurs interrogations émergent :
1. Pourquoi le gouvernement ne contrôle-t-il pas la répercussion de ces mesures ? Aucun mécanisme de transparence ne semble forcer les concessionnaires à répercuter les baisses
2. Où est le rôle du ministère du Commerce ? Ces structures ont-elles les moyens de veiller au respect de l’esprit de la mesure ?
3. Jusqu’à quand cette situation persistera-t-elle ?
Une spoliation organisée par les concessionnaires
Cinq ans après son lancement, il est temps d’appeler les choses par leur nom : les concessionnaires de véhicules béninois profitent d’une escroquerie légale.
Alors que l’État sacrifie des milliards de francs CFA en recettes fiscales pour moderniser le parc automobile national et rendre les véhicules accessibles aux citoyens, les concessionnaires s’approprient cyniquement ces avantages sans en répercuter un franc aux consommateurs. C’est un détournement pur et simple de l’intention gouvernementale.
Les chiffres ne mentent pas : des prix identiques entre le Bénin et des pays sans exonération, une économie potentielle de millions qui disparaît mystérieusement, des véhicules toujours hors de portée de la classe moyenne. Les concessionnaires sont complices d’une injustice économique envers les Béninois.
Il est temps que le gouvernement prenne des mesures strictes : audit des prix, transparence tarifaire obligatoire, sanctions contre les contrevenants. Sinon, cette exonération restera ce qu’elle est devenue : un cadeau déguisé aux marchands de voitures, financé par le contribuable béninois.
