Guinée : le prix du poisson flambe sur les marchés de Conakry

Le prix du poisson connaît une forte hausse sur les marchés de Conakry. Entre les intempéries de l’hivernage, le repos biologique et les difficultés logistiques, l’offre s’est réduite, tandis que la demande reste soutenue. Au marché de Madina, principal centre d’approvisionnement de la capitale, commerçantes et consommateurs dressent le même constat, le poisson est devenu plus rare et plus cher.

Les vendeuses expliquent que les fortes pluies, les vents violents et l’état de la mer limitent les sorties des pêcheurs. Cette baisse des captures se répercute directement sur les prix. « Depuis le début des pluies, les pêcheurs ramènent moins de poisson. Nous achetons plus cher auprès des fournisseurs et nous sommes obligées d’augmenter les prix », témoigne la grossiste Aïssatou Diallo.

Même explication chez Fatoumata Camara, détaillante, qui assure que les commerçants ne fixent pas les prix arbitrairement. « Nous vendons en fonction du coût d’achat. Cette année, le poisson est devenu plus rare pendant l’hivernage », affirme-t-elle.

Pour les consommateurs, cette flambée pèse lourdement sur le pouvoir d’achat. Mamadou Bah explique qu’avec le même budget, il repart désormais avec une quantité de poisson bien inférieure. Mariama Sylla, mère de famille, souligne que cette hausse déséquilibre les dépenses du foyer, le poisson constituant un aliment de base dans de nombreux ménages.

Au port de Bonfi, les pêcheurs décrivent un quotidien marqué par les risques liés aux conditions climatiques. Ousmane Camara évoque des sorties en mer devenues plus dangereuses à cause des vagues et des vents, ainsi que des difficultés pour conserver les captures et accéder au port. Il appelle les autorités à améliorer les infrastructures portuaires et les équipements de sécurité.

À ces difficultés s’ajoute le repos biologique instauré depuis le 1er juillet et prévu jusqu’au 31 août 2026. Pendant cette période, la pêche industrielle et semi-industrielle est suspendue dans une vaste zone maritime afin de préserver les ressources halieutiques. La pêche artisanale reste autorisée pour maintenir l’approvisionnement des marchés, mais elle ne suffit pas à compenser la baisse de l’offre.

Pour Fodé Idrissa Kallo, membre de la Fédération nationale des pêcheurs artisans de Guinée, plusieurs facteurs expliquent cette hausse. Il pointe du doigt les mauvaises conditions météorologiques, l’augmentation des coûts d’exploitation, notamment le carburant et l’entretien des pirogues, ainsi que le manque d’infrastructures de conservation dans les débarcadères.

Selon lui, l’hivernage entraîne une réduction importante des sorties en mer. Par mesure de sécurité, de nombreux pêcheurs préfèrent rester à quai, ce qui diminue mécaniquement les volumes débarqués. Cette situation est aggravée par la pression exercée sur les ressources halieutiques.

Les espèces les plus touchées sont les poissons côtiers les plus consommés, notamment les sardines et les ethmaloses, dont les zones de reproduction subissent les effets des perturbations climatiques.

Les professionnels estiment qu’une amélioration est envisageable après la saison des pluies, lorsque les conditions de navigation redeviendront favorables. Ils appellent toutefois à des investissements durables dans les infrastructures de débarquement, la chaîne du froid, le développement de l’aquaculture et une meilleure gestion des ressources afin de stabiliser durablement les prix et de sécuriser l’approvisionnement des marchés.

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