Les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) ont lancé Tafouk TV, une chaîne de télévision commune destinée à porter leur propre récit sur les crises sécuritaires et politiques de la région. Une initiative qui s’inscrit dans leur volonté affichée de réduire l’influence des médias occidentaux.
Disponible en ligne et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, la chaîne entend notamment répondre à ce que les autorités des trois pays présentent comme un traitement biaisé de leurs politiques par certains médias occidentaux.
Lors du lancement, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a assumé cette volonté de construire un nouvel espace médiatique. « Nous devions riposter », a-t-il déclaré, estimant nécessaire de permettre aux pays de l’AES de diffuser leur propre discours.
Le nom de la chaîne n’a pas été choisi au hasard. « Tafouk », qui signifie « soleil » en tamasheq, fait référence à une langue parlée notamment par les populations touarègues.
L’identité visuelle de la chaîne revendique également une dimension culturelle. Son générique d’ouverture s’appuie sur une musique traditionnelle associée aux chasseurs Dozo. L’une de ses émissions, baptisée « Brigade d’intervention en communication », arbore pour sa part un logo en forme de bouclier intégrant une caméra, un micro et un stylo.
La programmation accorde une place importante aux questions politiques, sécuritaires et géopolitiques qui concernent les trois pays.
Tafouk TV s’inscrit dans un paysage médiatique profondément transformé depuis l’arrivée au pouvoir de régimes militaires au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Les trois pays ont progressivement pris leurs distances avec plusieurs partenaires occidentaux, en particulier la France, tout en renforçant leur coopération au sein de l’AES. La nouvelle chaîne doit notamment permettre aux autorités de présenter leur propre lecture des événements qui secouent la région.
Au-delà de la création d’un média commun, Tafouk TV réflète l’importance croissante de la bataille informationnelle dans le Sahel. Et pour cause, les autorités burkinabè, maliennes et nigériennes dénoncent régulièrement une couverture défavorable de leurs actions par des médias occidentaux, accusés par certains responsables de relayer une vision jugée « impérialiste ».
La chaîne entend ainsi occuper un espace médiatique que les gouvernements de l’AES souhaitent désormais contrôler davantage. Reste à savoir quelle audience Tafouk TV parviendra à construire et quelle place elle occupera dans un écosystème régional déjà marqué par une forte polarisation des récits sur les crises sécuritaires et politiques.
