Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya devient un sujet politique majeur

Quarante-quatre jours après son départ pour l’Europe, le président camerounais Paul Biya n’a toujours pas regagné le pays. Une situation qui alimente les spéculations sur son état de santé et relance le débat sur la continuité institutionnelle au Cameroun.

Le chef de l’État, âgé de 93 ans, a quitté Yaoundé le dimanche 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » avec son épouse. Mais plusieurs semaines plus tard, son retour n’a toujours pas été annoncé.

Si les services de la présidence continuent de diffuser des messages attribués au président camerounais, notamment des félicitations adressées à des dirigeants étrangers à l’occasion de fêtes nationales, aucune information précise n’a été communiquée sur son état de santé ou sur la date de son retour.

Cette absence prolongée a poussé certains acteurs politiques à interpeller les institutions. Le député d’opposition Jean-Michel Nintcheu a demandé au Conseil constitutionnel de constater une éventuelle vacance du pouvoir.

L’Union démocratique du Cameroun (UDC), dirigée par Patricia Tomaino Ndam Njoya, estime pour sa part que la situation mérite une clarification institutionnelle. Le parti affirme ne pas vouloir spéculer sur la santé du président, mais considère que « la stabilité d’une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions ».

Selon plusieurs analystes, une absence dépassant 45 jours pourrait relancer les discussions autour des mécanismes constitutionnels en cas d’empêchement du chef de l’État. Toutefois, aucun texte camerounais ne fixe clairement une durée maximale d’absence du président hors du territoire national.

La question est d’autant plus sensible qu’aucun vice-président n’a été désigné depuis la révision constitutionnelle d’avril, ce qui laisse planer des interrogations sur la gestion d’une éventuelle indisponibilité prolongée du chef de l’État.

Le RDPC tente de rassurer

Face aux critiques, le parti présidentiel tente de calmer les inquiétudes. Dans un éditorial publié le 15 juillet dans le journal du RDPC, Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du parti, a assuré que « le pouvoir n’est pas vacant » et que « le Lion n’est pas parti ».

Le responsable du parti au pouvoir accuse certains opposants de vouloir exploiter l’absence du président pour alimenter une crise politique.

Depuis son arrivée au pouvoir en 1982, Paul Biya a toujours conservé une forte centralisation de l’autorité présidentielle. Cette longue absence coïncide avec des interrogations grandissantes sur l’avenir politique du pays, après quarante ans de pouvoir.

Au-delà de la question personnelle liée à la santé du chef de l’État, cette situation remet au centre du débat la préparation de « l’après-Biya » et la nécessité, selon plusieurs observateurs, de clarifier les mécanismes de succession et d’intérim au sommet de l’État.

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