Au Gabon, la réforme du cadre juridique des partis politiques suscite une nouvelle fronde. Cinq formations légalement reconnues se sont regroupées pour dénoncer les nouvelles exigences imposées aux partis et y voient une menace pour le multipartisme.
Réunis lundi 5 octobre 2026, les responsables de ce « Bloc de partis politiques légalement reconnus » ont contesté les mesures adoptées par les autorités. Le Conseil des ministres du 18 septembre avait approuvé un projet de modification de la loi n°016/2025 du 27 juin 2025 relative aux partis politiques. Le texte accorde notamment trois mois aux formations existantes pour se conformer aux nouvelles exigences.
La réforme s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités de rationaliser le paysage politique gabonais. Le chef de l’État avait lui-même indiqué, en juin, que la nouvelle loi devait permettre de réduire le nombre de partis et de « réguler » l’environnement politique.
Cinq partis dénoncent une menace pour le multipartisme
Pour les cinq formations réunies au sein du collectif, cette réforme va trop loin. Leur porte-parole, Ariel Éloi Iwangou-Iwangou, président du Parti républicain et démocratique, estime que les nouvelles dispositions risquent de restreindre la liberté d’association.
« Nous sentons un danger pour la démocratie dans notre pays, avec toutes les mesures qui sont en train d’être mises en place. C’est une façon de nous ramener au parti unique au Gabon », a-t-il déclaré.
Le collectif conteste notamment l’obligation faite aux partis existants de fournir de nouvelles preuves de leur conformité. Selon L’Union, l’une des dispositions les plus sensibles concerne l’exigence de justifier 10 000 adhérents pour chaque formation politique.
Ariel Éloi Iwangou-Iwangou refuse que cette exigence puisse s’appliquer rétroactivement. « Lorsqu’une loi est faite, elle dispose pour l’avenir », a-t-il fait valoir, en contestant la demande d’un nouvel état des adhésions auprès du ministère de l’Intérieur.
Une réforme issue du Dialogue national inclusif
Le gouvernement présente cette refonte comme la traduction de certaines recommandations du Dialogue national inclusif d’avril 2024. Les conclusions de cette rencontre préconisaient notamment de modifier la loi sur les partis et de regrouper les formations politiques et associations assimilées en quatre blocs idéologiques. Elles fixaient aussi des conditions plus strictes pour la création et le maintien des partis.
Les opposants à la réforme contestent toutefois l’interprétation faite par les autorités de ces recommandations et leur application aux formations déjà reconnues.
La bataille se déplace désormais sur le terrain juridique. Le Parti républicain et démocratique d’Ariel Éloi Iwangou-Iwangou a saisi la Cour constitutionnelle le 28 septembre pour contester la modification de la loi, notamment le délai de trois mois accordé aux partis existants pour se mettre en conformité.
La haute juridiction n’a pas encore rendu sa décision. En attendant, le débat sur la réduction et la réorganisation du paysage partisan s’installe au cœur de la vie politique gabonaise.
