Les États-Unis cesseront de financer leurs programmes de santé au Zimbabwe à la fin de septembre 2026. Cette décision fait suite à l’échec des négociations sur un accord sanitaire bilatéral proposé par Washington, que Harare a partiellement rejeté en raison de ses exigences sur le partage de données médicales sensibles.
L’ambassade américaine à Harare a confirmé cette décision vendredi. Elle s’inscrit dans la nouvelle politique de l’administration de Donald Trump, qui entend conditionner une partie de son aide sanitaire à la conclusion d’accords bilatéraux avec les pays bénéficiaires.
L’ambassadeur américaine au Zimbabwe, Pamela Tremont, a attribué la fin du financement à « la décision du Zimbabwe de rejeter le protocole d’entente bilatérale en matière de santé ». Elle a également annoncé une réorientation des relations entre les deux pays vers les échanges commerciaux, les investissements et les opportunités économiques.
Le partage des données au cœur du désaccord
Le différend entre Washington et Harare porte notamment sur les conditions du projet d’accord. Les autorités zimbabwéennes contestent certaines dispositions relatives à l’accès aux données sanitaires et aux échantillons biologiques de leurs citoyens.
Le porte-parole du gouvernement, Nick Mangwana, a affirmé que la proposition américaine prévoyait un accès étendu à des informations médicales sensibles, notamment des données sur les maladies et des échantillons de virus. Harare a également exprimé des réserves sur les questions de souveraineté, d’égalité entre les partenaires et sur le retrait américain de certaines institutions sanitaires internationales.
Les discussions avaient été interrompues en février, dans le cadre de la politique étrangère « America First » de Donald Trump.
Des inquiétudes pour la lutte contre le VIH
La décision américaine suscite des préoccupations quant à la continuité des programmes sanitaires au Zimbabwe. Depuis plusieurs décennies, les États-Unis apportent un soutien financier à la lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme dans le pays.
La réduction de cette aide intervient alors que les autorités zimbabwéennes doivent faire face au recul des financements internationaux. Le gouvernement affirme vouloir renforcer la mobilisation des ressources nationales pour préserver les services de santé.
Le Zimbabwe n’est pas le seul pays africain confronté à ce différend avec Washington. La Namibie a également rejeté un projet d’accord sanitaire en raison de préoccupations liées au partage des données et des échantillons biologiques. Début septembre, les États-Unis ont annoncé une évolution de leur soutien aux programmes de lutte contre le VIH dans ce pays.
Pour l’exercice budgétaire 2027, Washington prévoit d’accorder 45 millions de dollars à la Namibie pour la lutte contre le VIH, avant le passage à un partenariat technique. Les deux gouvernements n’ont toutefois pas présenté les questions relatives aux données sanitaires comme le motif de cette évolution.
Washington revoit sa politique d’aide en Afrique
Cette décision s’inscrit dans une réorganisation plus large de l’aide sanitaire américaine. L’administration Trump défend des accords bilatéraux qui doivent, selon elle, favoriser une plus grande autonomie financière des pays bénéficiaires et accroître leur contribution nationale aux dépenses de santé.
D’après KFF, un organisme américain spécialisé dans les politiques de santé, 35 pays ont déjà signé de tels accords, en majorité en Afrique. D’autres négociations restent toutefois bloquées ou font l’objet de contestations.
Le Ghana, la Zambie, l’Afrique du Sud et le Zimbabwe figurent parmi les pays qui ont rejeté ou n’ont pas finalisé de nouveaux accords avec Washington. Au Kenya, un accord sanitaire fait l’objet d’un recours judiciaire.
Dans ce contexte, plusieurs gouvernements africains défendent le principe de la souveraineté sanitaire, avec l’objectif de financer davantage leurs propres systèmes de santé et de réduire leur dépendance aux bailleurs étrangers. Le retrait américain au Zimbabwe met toutefois en évidence les difficultés que cette transition pourrait poser à court terme pour le financement des programmes de prévention et de prise en charge des maladies.
