Plébiscité avec 94,27 % des voix lors du scrutin du 12 avril 2026, l’actuel ministre des Finances prêtera serment dimanche 24 mai à Cotonou. Portrait d’un réformateur devenu chef d’État.
Dimanche 24 mai 2026, à Cotonou, le Bénin tournera une nouvelle page de son histoire contemporaine. Romuald Wadagni, 49 ans, prêtera serment comme neuvième Président de la République, succédant à Patrice Talon dont il fut, durant une décennie, un proche collaborateur et loyal serviteur de la République. La cérémonie d’investiture consacrera l’ascension d’un homme dont le parcours (de Lokossa à Harvard, des salles de conseil de Deloitte aux arcanes du pouvoir d’État) constitue l’un des itinéraires les plus singuliers de la vie politique africaine contemporaine.
« Le Bénin va devenir un exportateur de solutions technologiques. Ce n’est pas un rêve, c’est un plan »,Romuald Wadagni, lors de la présentation de son projet de société, mars 2026
Un fils de Lokossa façonné par l’exigence
Né le 20 juin 1976 dans la ville de Lokossa, au sud-ouest du Bénin, Romuald Wadagni est le fils de Nestor Wadagni, ingénieur statisticien devenu docteur en mathématiques fondamentales et haut fonctionnaire, et d’une mère femme d’affaires et entrepreneuse. De cette double filiation naît une personnalité façonnée par deux impératifs complémentaires : la rigueur intellectuelle héritée du père, et l’esprit d’initiative transmis par la mère. Dès l’enfance, le jeune Romuald participe aux travaux champêtres chez ses grands-parents, pratique le judo pendant vingt ans jusqu’à la ceinture noire, et passe chaque vacation scolaire à « toucher à tout » sur l’insistance d’un père convaincu que l’humilité et le labeur précèdent toute excellence.
Ce terreau familial nourrit une ambition scolaire remarquable. Après des études en gestion, finance et audit à l’École Supérieure de Commerce de Grenoble, il complète sa formation à l’Université de Harvard, l’une des institutions les plus prestigieuses au monde où il se confronte aux standards les plus exigeants de la gouvernance et de la finance internationale.
Deloitte : vingt ans au sommet du secteur privé mondial
Entré chez Deloitte à la sortie de ses études, Romuald Wadagni y mène une carrière internationale d’exception. En moins de vingt ans, il parcourt Paris, Boston, New York, Kinshasa et Lubumbashi, conseillant des multinationales du CAC40 dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et des services financiers, et accompagnant des gouvernements africains dans la mise en œuvre de réformes économiques et fiscales. En 2012, à 36 ans seulement, il est promu associé, l’un des plus jeunes et des rares Africains à atteindre ce rang dans l’histoire du groupe. Il prend alors la responsabilité de l’Afrique francophone, conduisant notamment l’implantation de la firme en République Démocratique du Congo selon les standards internationaux de gouvernance et de transparence.
BÉNIN EN CHIFFRES : LE BILAN DE DIX ANS DE RÉFORMES▸ Croissance économique : 7,5 % en 2024, 8,1 % en 2025 — niveaux inédits depuis trente ans ▸ Revenu par habitant en hausse de 50 % en dix ans ; passage au statut de pays à revenu intermédiaire (2020) ▸ Note souveraine portée à « BB- » par Standard & Poor’s en 2024 — une première historique ▸ 1ᵉʳ espace francophone et 2ᵉ en Afrique pour la transparence budgétaire (IBP, 2024) ▸ 1,3 million d’enfants bénéficiant quotidiennement des cantines scolaires ▸ 14 000 km de routes et pistes rurales modernisées ▸ Eurobond de 750 M USD en 2024 — « Deal of the Year » (The Banker, 2022) ▸ Recettes fiscales plus que doublées en neuf ans sans hausse d’aucun taux |
2016 : le choix du retour et la révolution économique
En 2016, à l’appel du Président Patrice Talon fraîchement élu, Romuald Wadagni renonce à une trajectoire internationale confortable pour prendre la tête du ministère de l’Économie et des Finances. Le contexte est alors éprouvant : déficit budgétaire élevé, dette publique mal structurée, confiance des investisseurs au plus bas. En dix ans, sa gestion transforme radicalement l’image et les fondamentaux du Bénin.
Sa méthode repose sur trois piliers : la rigueur budgétaire, la transparence des finances publiques qu’il matérialise par la digitalisation des régies financières et la publication systématique des budgets et la modernisation de la gestion de l’État. Sur le plan fiscal, il réduit le nombre d’impôts d’une cinquantaine à une trentaine, sans augmenter aucun taux existant, tout en ayant plus que doublé les recettes grâce à la réduction de la fraude et à la simplification administrative. Cette performance, paradoxalement perçue par certains comme un durcissement, est en réalité l’œuvre d’un État plus juste et plus efficace.
Sur le front des marchés financiers, il opère une véritable révolution silencieuse. Le Bénin réalise ses premières émissions d’euro-obligations en 2019, 2021 et 2024, cette dernière à hauteur de 750 millions de dollars américains. Le pays inaugure également les premières obligations alignées sur les Objectifs de développement durable (ODD) d’Afrique. Ces opérations lui valent en 2022 le prix « Deal of the Year » de la revue The Banker. La communauté internationale prend note : le FMI salue la gestion proactive et transparente de la dette, la Banque mondiale hisse le Bénin au deuxième rang africain de son classement CPIA, et l’International Budget Partnership le place premier de l’espace francophone en transparence budgétaire devant la France.
Au-delà des finances : un architecte d’État
Son influence dépasse rapidement son portefeuille ministériel. Romuald Wadagni joue un rôle déterminant dans la modernisation des forces de défense, dans la conception et le suivi de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé vitrine de l’industrialisation béninoise, visant 300 000 emplois à l’horizon 2030 et dans les investissements stratégiques en infrastructures routières, énergétiques et numériques. Il devient, selon les observateurs proches de la présidence, le stratège transversal du gouvernement Talon, celui à qui l’on soumet les dossiers complexes.
Sa reconnaissance internationale est à l’avenant. Meilleur ministre des Finances d’Afrique selon Financial Afrik en 2018, 2020, 2021 et 2024, selon l’African Banker Awards en 2019, puis selon The Banker en 2025, il est régulièrement cité parmi les 100 Africains les plus influents par Jeune Afrique. Il a présidé le Conseil des ministres de l’UEMOA, le Conseil des gouverneurs de la Banque islamique de développement et celui de la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO.
94,27 % : le plébiscite d’un peuple
Désigné le 31 août 2025 candidat unique de la coalition présidentielle, solennellement investi en octobre 2025 à Parakou, Romuald Wadagni mène une campagne qui transcende les clivages habituels de la vie politique béninoise. L’ancien Président Nicéphore Soglo, les anciens présidents de l’Assemblée nationale Bruno Amoussou, Adrien Houngbédji, Mathurin Nago et Idji Kolawolé, des personnalités de l’opposition, des figures majeures de la société civile et les confédérations syndicales lui apportent leur soutien public.
Le 12 avril 2026, les Béninois lui accordent leur confiance avec un score de 94,27 % des suffrages exprimés, entériné par la décision EP 26-002 de la Cour constitutionnelle le 23 avril. Un plébiscite que les analystes attribuent à une combinaison inédite : la légitimité de dix ans de résultats économiques tangibles, une personnalité perçue comme rassembleur, proche et intègre, et un projet de société suffisamment concret pour emporter l’adhésion populaire par-delà les appartenances régionales ou partisanes.
« Plus Loin, Ensemble » : la vision pour 2026-2033
Son programme pour la période 2026-2033, intitulé Plus Loin, Ensemble, s’articule autour de trois priorités fondatrices portées par la technologie comme moteur transversal : le bien-être social pour tous avec l’extension de la protection sanitaire, la généralisation d’une éducation de qualité et le renforcement des filets de sécurité pour les plus vulnérables ; une économie diversifiée et compétitive — bâtie sur l’industrialisation, l’agro-industrie, le numérique et l’entrepreneuriat ; et la cohésion nationale et la sécurité pilier indispensable à tout développement durable.
À travers six pôles de développement territorial couvrant l’ensemble du pays, du Borgou-Alibori à l’Atlantique-Littoral, Romuald Wadagni promet de faire de chaque région un acteur à part entière de la croissance nationale. « Notre plus grande force réside dans le dialogue », déclare-t-il volontiers, en homme convaincu que la solidité d’une nation se mesure d’abord à la qualité de son contrat social.
Ce dimanche 24 mai, au moment où Romuald Wadagni entrera en fonction, c’est une trajectoire humaine et politique singulière qui prendra un tour décisif. Celle d’un fils du pays qui a choisi, à chaque carrefour de son existence, l’exigence sur la facilité et le service sur le confort. Le Bénin entrera alors dans une nouvelle séquence de son histoire avec, à sa tête, un chef d’État dont la légitimité ne repose pas sur une promesse, mais sur une décennie de résultats mesurables ; un homme qui a su fédérer la classe politique tout entière autour d’un projet de nation, et qu’un peuple a plébiscité à une écrasante majorité.
