Le monde culturel camerounais est en deuil après l’annonce du décès du cinéaste Bassek Ba Kobhio, disparu à l’âge de 69 ans. Figure incontournable du septième art en Afrique, il laisse derrière lui une œuvre marquée par l’engagement, la réflexion politique et la défense du cinéma africain.
Avant de s’imposer comme réalisateur, Bassek Ba Kobhio s’était déjà illustré dans le champ littéraire. Ses premiers écrits, publiés dans les années 1980, témoignaient d’une pensée critique et engagée. Parmi eux figurent Les eaux quint (1984) et Cameroun, la fin déborde du maquis ? (1986), des ouvrages dans lesquels il explorait les tensions sociales et politiques de son époque.
Son passage au cinéma confirme cette orientation artistique. En 1991, il réalise Le Maître du canton, un film qui raconte le combat d’un enseignant rural face aux pressions du système. L’œuvre est saluée à l’international et remporte notamment le prix du public au Festival du film africain de Milan, consacrant son talent de narrateur et de réalisateur.
Au fil des décennies, il poursuit son travail cinématographique avec plusieurs productions qui renforcent sa réputation sur le continent. Malgré les contraintes financières et structurelles du secteur, il continue de porter des projets ambitieux et engagés.
Au-delà de la création, Bassek Ba Kobhio s’est également investi dans la promotion du cinéma africain. Il a dirigé le festival Écrans Noirs, basé à Yaoundé, devenu l’un des rendez-vous majeurs du cinéma africain. À travers cette plateforme, il a contribué à donner une visibilité accrue aux réalisateurs du continent.
Son action s’est aussi étendue à la formation. En partenariat avec l’UNESCO, il a participé à la mise en place de programmes d’enseignement du cinéma destinés aux jeunes Camerounais, dont plusieurs évoluent aujourd’hui dans l’industrie audiovisuelle.
Avec sa disparition, le Cameroun perd non seulement un réalisateur, mais aussi un bâtisseur culturel dont l’influence dépasse largement les frontières nationales.
