La justice tunisienne a prononcé de lourdes condamnations dans l’une des affaires politiques les plus sensibles de l’histoire récente du pays. Trente-cinq personnes ont été reconnues coupables de constitution et de participation à une organisation terroriste dans le cadre de l’enquête sur les assassinats des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, survenus en 2013.
Parmi les condamnés figure Rached Ghannouchi, chef historique du mouvement islamiste Ennahda et figure majeure de la transition démocratique tunisienne après la révolution de 2011. L’opposant a été condamné à la réclusion à perpétuité, tout comme plusieurs autres accusés impliqués dans cette affaire.
L’ancien ministre de l’Intérieur et ex-chef du gouvernement, Ali Laarayedh, figure également parmi les personnalités condamnées par la justice tunisienne. D’anciens responsables des services de sécurité ont aussi écopé de peines allant de dix ans de prison à la perpétuité.
Les assassinats de Chokri Belaïd, en février 2013, puis de Mohamed Brahmi, en juillet de la même année, avaient plongé la Tunisie dans une grave crise politique. Ces deux figures de la gauche tunisienne étaient connues pour leurs critiques à l’égard du pouvoir dirigé à l’époque par les islamistes d’Ennahda.
Leur mort avait provoqué une vague de manifestations à travers le pays et accentué les divisions politiques dans une Tunisie alors engagée dans un processus de transition démocratique. Plus d’une décennie après les faits, ce procès était particulièrement attendu par les familles des victimes et une partie de l’opinion publique.
La décision judiciaire suscite toutefois des réactions contrastées. Les partisans de Rached Ghannouchi dénoncent depuis plusieurs mois ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. De son côté, le pouvoir tunisien affirme agir dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de l’application stricte des décisions de justice.
Avec ce verdict, l’un des chapitres les plus sensibles de la vie politique tunisienne connaît un nouveau tournant. Il pourrait avoir des répercussions importantes sur l’avenir d’Ennahda ainsi que sur le paysage politique du pays dans les années à venir.
