Face à la recrudescence des découvertes de cadavres dans le ressort du Tribunal de première instance de deuxième classe d’Abomey-Calavi, le procureur de la République, Camille Aristide Fadé, appelle les différents acteurs de la chaîne pénale à davantage de professionnalisme. Le magistrat a présidé, le vendredi 26 juin 2026, une réunion de commandement consacrée à la conduite des procédures en cas de découverte de corps sans vie.
Organisée dans la salle A du tribunal, cette rencontre a réuni les magistrats du parquet, les officiers de police judiciaire (OPJ), les responsables des unités de sécurité, des représentants de la Direction départementale de la santé ainsi que des autorités communales. L’objectif était d’harmoniser les pratiques et de renforcer la qualité des enquêtes face à l’augmentation des cas de décès dont l’origine demeure parfois incertaine.
Dans son intervention, le procureur a rappelé que chaque découverte de cadavre soulève des interrogations importantes. Il peut s’agir d’une mort naturelle, accidentelle, criminelle ou encore suspecte. Selon lui, ces situations constituent également un défi sécuritaire puisqu’elles peuvent révéler des violences, des règlements de comptes, des activités criminelles organisées ou des risques sanitaires.
Camille Aristide Fadé a également évoqué les recommandations formulées par le Garde des Sceaux, ministre de la Justice et de la Législation. Celles-ci insistent sur la nécessité de conduire des enquêtes rigoureuses, d’assurer une meilleure coordination entre les différents services et d’accélérer le traitement des procédures.
Le procureur a proposé la création d’un cadre permanent de concertation réunissant le parquet, les communes, les services de voirie, les forces de sécurité, la protection civile et les services de santé. Une telle instance permettrait, selon lui, d’améliorer la coordination des interventions et de garantir une prise en charge plus rapide et plus efficace des découvertes de cadavres.
Les échanges ont mis en évidence plusieurs insuffisances régulièrement constatées sur le terrain dont le défaut de sécurisation des lieux, la disparition d’indices, l’intervention tardive de la Police technique et scientifique, la levée des corps sans investigations suffisantes ou encore manque de coordination entre les différents intervenants.
Le médecin légiste, Dr Cédric Bigot, a rappelé qu’une scène de découverte de cadavre doit toujours être considérée comme une scène de crime potentielle tant que toute suspicion n’a pas été écartée. Il a insisté sur la préservation des indices, l’intervention systématique de la Police technique et scientifique ainsi que le recours au médecin légiste lorsque la cause du décès reste incertaine.
Le toxicologue Dr Razack Osseni a, de son côté, souligné l’importance des prélèvements toxicologiques. Il a insisté sur le respect des procédures de prélèvement, d’étiquetage, de mise sous scellés et de conservation afin de garantir la fiabilité des analyses.
À l’issue de la réunion, le procureur a donné plusieurs instructions aux officiers de police judiciaire. Il leur demande notamment de se rendre immédiatement sur les lieux, de sécuriser systématiquement le périmètre, d’éviter toute manipulation du corps avant les constatations, de documenter les scènes par des photographies, d’identifier rapidement les témoins et de renforcer la collaboration avec les médecins et les experts.
Les représentants des communes de Sô-Ava et d’Abomey-Calavi, ainsi que ceux de la Direction départementale de la santé, ont salué cette initiative. Ils ont souhaité que cette formation soit également étendue aux élus locaux et aux agents de santé afin d’améliorer la gestion des découvertes de cadavres avant l’arrivée des forces de l’ordre.

