Seize ans après l’acquisition d’une propriété aux États-Unis, l’un des actifs liés à l’ancien président gambien Yahya Jammeh revient au cœur du processus de réparation des victimes de son régime. Les États-Unis ont annoncé la restitution à la Gambie de 2,507 millions de dollars, issus de la vente d’une demeure située à Potomac, dans le Maryland.
L’accord de restitution a été signé le 18 septembre à Banjul entre le ministre gambien des Finances, Seedy Keita, et le chargé d’affaires de l’ambassade américaine, Robert Anderson. Les fonds sont destinés au mécanisme de réparations mis en place en faveur des victimes du régime de Yahya Jammeh.
La propriété avait été acquise en 2010 par Yahya Jammeh et son épouse, Zineb Jammeh. Selon le département américain de la Justice, l’achat avait été financé par des fonds publics gambiens détournés et des produits issus d’activités criminelles.
La justice américaine avait engagé une procédure de confiscation du bien. Après sa saisie et sa liquidation, le produit net de la vente s’est élevé à 2 507 911,73 dollars. C’est cette somme qui doit être transférée à la Gambie.
Dans sa plainte, la justice américaine accuse notamment l’ancien dirigeant d’avoir obtenu des millions de dollars par le détournement de fonds publics et la sollicitation de pots-de-vin auprès d’entreprises cherchant à obtenir des droits exclusifs dans certains secteurs de l’économie gambienne. Ces éléments relèvent des allégations formulées dans le cadre de la procédure américaine.
L’argent destiné aux victimes
La restitution ne constitue pas un transfert vers le budget général de l’État gambien. L’accord prévoit que les fonds servent à indemniser les personnes éligibles au titre de la Victims Reparations Act de 2023, le dispositif gambien consacré aux victimes des abus et actes de corruption attribués au régime Jammeh.
La question des réparations reste particulièrement sensible en Gambie. Depuis la fin du règne de Yahya Jammeh, les autorités ont engagé un processus destiné à indemniser les victimes identifiées à la suite des travaux de la Commission vérité, réconciliation et réparations.
Selon des données communiquées au Parlement gambien en septembre 2026, 112 victimes ou familles de victimes avaient reçu une indemnisation complète au 7 septembre, pour un montant total de 24,8 millions de dalasis versés par la Commission des réparations.
Le retour des fonds américains apporte donc une nouvelle source de financement à ce mécanisme. Il reste désormais à déterminer les modalités précises de leur répartition entre les bénéficiaires éligibles.
Pour Washington, l’opération s’inscrit dans une politique de récupération des avoirs issus de la corruption internationale. Pour la Gambie, elle marque une nouvelle étape dans un processus de réparation encore loin d’être achevé.
