La Camerounaise Hermine Yollo a remporté le Prix RFI Théâtre 2026 grâce à sa pièce Ima Maryam : le jugement de Marie. À travers cette œuvre centrée sur la figure de la Vierge Marie, la comédienne et metteuse en scène questionne les dogmes religieux, la place des femmes dans les religions et les violences qu’elles subissent.
La distinction lui sera remise ce dimanche 27 septembre 2026, dans le cadre des Zébrures, le festival des écritures et des créations théâtrales francophones organisé à Limoges, en France.
Née en 1981 à Douala, au Cameroun, Hermine Yollo a grandi dans un environnement artistique. Ses deux parents étaient comédiens et metteurs en scène. Dès l’âge de cinq ou six ans, elle exprimait déjà son désir de suivre leurs traces.
Malgré cette vocation précoce, elle a d’abord poursuivi des études littéraires et obtenu un master en traduction, à la demande de sa mère. Elle considère ce parcours comme un compromis qui lui a permis de concilier les attentes familiales et sa passion pour le théâtre.
En 2016, elle fait connaître ses écrits au public avec La Femme-Iset, un monologue poétique consacré aux forces féminines. Cette œuvre mêle conte occidental, histoire africaine et mythes universels.
Aujourd’hui, Hermine Yollo est comédienne, metteuse en scène et directrice de la Compagnie NGOTI, basée à Yaoundé. Elle préfère toutefois se définir comme une « metteuse en mots », une expression qui traduit son approche scénique et ludique de l’écriture.
« Ima Maryam », une autre lecture de l’histoire de Marie
Avec Ima Maryam : le jugement de Marie, l’artiste donne la parole à Maryam, la femme qui a inspiré la figure de la Vierge Marie. Après deux millénaires de représentations et de discours religieux construits autour d’elle, le personnage réclame le droit de raconter sa propre histoire et de trouver enfin le repos.
Dans cette pièce, Maryam fait face à deux figures qui représentent des visions différentes de Marie. L’une incarne une entité toute-puissante, capable d’accomplir des miracles, tandis que l’autre symbolise l’image d’une femme pure, chaste et éternellement vierge.
À travers ce dispositif théâtral, Hermine Yollo interroge la manière dont les représentations religieuses ont façonné l’image des femmes. Elle remet notamment en question les visions qui les enferment dans deux catégories opposées, celle de la femme pure et celle de la pécheresse.
L’œuvre aborde également les violences faites aux femmes, notamment les viols, les lapidations et les mécanismes de contrôle de leur corps. Pour la dramaturge, le théâtre constitue un espace où il est possible de poser des questions difficiles et de remettre en discussion certains sujets considérés comme tabous.
Une œuvre qui questionne les dogmes religieux
Bien qu’elle questionne certains dogmes chrétiens, Hermine Yollo précise que son objectif n’est pas de détourner les croyants de leur foi ni de leur demander de cesser de prier la Vierge Marie. Elle souhaite plutôt imaginer ce qui se passerait si cette figure pouvait raconter elle-même son histoire aujourd’hui.
L’artiste explique que la construction de la pièce s’est nourrie de recherches et de rêves. Les silences, les respirations, les phrases fragmentées et les jeux de lumière occupent une place importante dans le texte. Ces choix donnent à l’œuvre une dimension poétique qui invite à la réflexion.
Hermine Yollo reconnaît aussi que son rapport au féminisme est nuancé. Elle se montre prudente dans l’usage de ce terme, tout en plaçant la parole et l’expérience des femmes au cœur de sa création.
Si elle pouvait s’adresser au pape Léon XIV, elle lui demanderait de contribuer à réhabiliter l’histoire de Maryam, en tenant compte de ses zones d’ombre. Elle estime qu’une représentation plus humaine de ce personnage permettrait de le rendre plus proche des croyants et du public.
Avec cette distinction, Hermine Yollo voit ainsi son travail de création théâtrale reconnu. Son œuvre invite à revisiter une figure majeure de la tradition chrétienne et à réfléchir à la place accordée aux femmes dans les récits religieux et dans la société.
