À Paris, le président Romuald Wadagni décroche 65,5 milliards de FCFA pour l’électricité, l’agriculture et la santé

À Paris, la coopération franco-béninoise s’est traduite lundi 5 octobre par une série d’engagements financiers qui dépassent, au total, les 99 millions d’euros. Signés en marge de l’entretien entre le président béninois Romuald Wadagni et son homologue français Emmanuel Macron, ces accords ciblent trois secteurs à forts enjeux pour Cotonou à savoir : l’accès à l’électricité, le développement de la pisciculture et le renforcement de l’expertise médico-légale.

Deux conventions conclues avec l’Agence française de développement représentent 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros. Une lettre de mandat signée avec Bpifrance ajoute 3,54 milliards de francs CFA, équivalant à 5,39 millions d’euros. Derrière ces montants, Cotonou cherche à financer des infrastructures mais aussi à renforcer des capacités nationales dans des domaines où la dépendance extérieure reste importante.

L’électricité, premier poste de financement

Avec 52,1 milliards de francs CFA, soit 79,4 millions d’euros, le projet PEDER+ concentre la plus importante enveloppe. Son financement associe un prêt de l’AFD de 32,8 milliards de francs CFA à un don de l’Union européenne de 19,3 milliards.

L’objectif est d’étendre le réseau de distribution de la Société béninoise d’énergie électrique et de réaliser plus de 120 000 branchements dans 750 localités. Quinze communes du Mono, du Couffo et du Borgou sont concernées, parmi lesquelles Lokossa, Comè, Grand-Popo, Dogbo, Aplahoué, Parakou et Tchaourou.

Pour les autorités béninoises, l’enjeu ne se limite toutefois pas à raccorder de nouveaux abonnés. Le programme doit aussi contribuer à améliorer la qualité du service, à réduire les disparités entre territoires et à limiter les pertes du réseau, un facteur déterminant pour l’équilibre financier de la SBEE.

Le deuxième financement porte sur l’agriculture. Une enveloppe de 6,6 milliards de francs CFA, soit 10 millions d’euros, doit soutenir le développement de la pisciculture dans dix communes de l’Alibori, de l’Atacora et de la Donga.

De Banikoara à Ouaké, en passant par Kandi, Kérou, Kouandé, Péhunco, Bassila et Djougou, le projet ambitionne de structurer une filière locale capable de répondre davantage à la demande nationale.

Pour Cotonou, le développement de cette activité répond à un double objectif : renforcer la production locale et réduire la pression exercée par les importations sur l’approvisionnement du marché.

Le pari de l’expertise ADN

C’est toutefois le volet médico-légal qui porte l’ambition la plus directement liée au renforcement des capacités de l’État. La lettre de mandat conclue avec Bpifrance ouvre les négociations autour du financement de la Plateforme de recherche, d’investigation et d’analyse médico-légale, ou PRIAM.

Le projet, développé avec le Laboratoire d’hématologie médico-légale de Bordeaux, doit permettre au Bénin de disposer d’un laboratoire national d’expertise ADN. La plateforme vise une capacité de 30 000 analyses par an et une accréditation selon la norme internationale ISO/IEC 17025.

L’enjeu est aussi de mettre fin à une dépendance qui oblige jusqu’ici à envoyer certaines analyses génétiques à l’étranger. À terme, l’identification de victimes, les recherches de filiation ou l’exploitation de preuves dans les procédures judiciaires pourraient être réalisées sur le territoire national.

Le projet prévoit la formation de plus de 500 professionnels et la création d’une filière universitaire dédiée. Cotonou entend ainsi faire de l’investissement dans les équipements un investissement dans les compétences, avec l’objectif de disposer d’une expertise pérenne.

Une coopération qui change d’échelle

Ces accords interviennent dans un contexte où le Bénin cherche à mobiliser davantage de financements extérieurs pour accompagner ses projets de développement. Les secteurs choisis témoignent d’une approche qui combine infrastructures, production locale et renforcement des capacités publiques.

L’électricité doit permettre d’élargir l’accès au réseau. La pisciculture vise à accroître la production nationale. L’expertise ADN doit, elle, doter le pays d’un outil scientifique jusqu’ici largement externalisé.

À Paris, la séquence franco-béninoise aura donc dépassé le cadre diplomatique. Elle s’est aussi traduite par des engagements financiers destinés à accompagner plusieurs priorités de Cotonou, avec l’appui de la France et de l’Union européenne.

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