Au Bénin, la Police républicaine entend tourner définitivement la page des pratiques de corruption et de rançonnement qui ont longtemps terni l’image du corridor frontalier de Sèmè-Kraké. À travers une vaste campagne de sensibilisation, les forces de l’ordre martèlent désormais un message sans ambiguïté aux usagers : « Aucun paiement n’est exigé pour les contrôles ».
Cette initiative fait suite à de nombreuses plaintes déposées ces derniers mois. Celles-ci dénonçaient des pratiques illégales observées au Poste de contrôle juxtaposé (Pcj), principal point de passage entre le Bénin et le Nigeria. Pendant plusieurs années, des civils non habilités se seraient mêlés aux opérations de contrôle, exigeant des sommes d’argent aux voyageurs et aux transporteurs pour faciliter leur passage.
Les conducteurs de camions gros porteurs dénonçaient notamment le versement systématique de pots-de-vin à des intermédiaires informels opérant aux abords du poste frontalier. Selon plusieurs témoignages, ces paiements étaient devenus une condition quasi obligatoire pour éviter des blocages ou des retards prolongés.
Face à la multiplication des dénonciations, la Direction générale de la Police républicaine a procédé à une réorganisation du dispositif sécuritaire. Une nouvelle équipe a été déployée au commissariat de Kraké-Plage avec pour mission prioritaire d’assainir les pratiques et de restaurer la confiance des usagers.
Les premiers changements sont déjà visibles sur le terrain. La présence de civils aux côtés des forces de l’ordre a été totalement supprimée à l’entrée comme à la sortie du Pcj. Les contrôles sont désormais exclusivement assurés par les agents habilités, conformément aux procédures réglementaires.
Cette reprise en main est saluée par plusieurs acteurs intervenant à la frontière. Pour de nombreux observateurs, elle marque le retour de l’autorité de l’État dans une zone où certaines dérives étaient devenues récurrentes.
Engagé dans la lutte contre le trafic d’enfants à Sèmè-Kraké, Sylvestre Ayivoh se réjouit de cette nouvelle dynamique. Il souligne notamment l’implication du nouveau commissaire, régulièrement présent sur le terrain pour veiller au respect des règles. Selon lui, plusieurs comportements autrefois tolérés, notamment le non-respect du port du casque ou de la ceinture de sécurité, font désormais l’objet d’un contrôle rigoureux.
Avec la disparition des barrières informelles et des contrôles parallèles, le trafic est devenu plus fluide. Les voyageurs en règle franchissent désormais la frontière sans difficulté particulière, tandis que l’action des forces de l’ordre se concentre exclusivement sur les infractions prévues par la loi. Une évolution qui renforce l’image d’une frontière mieux organisée et davantage conforme aux principes de bonne gouvernance.
