Kenya : le marché des animaux sauvages connaît une inquiétante expansion

Le Kenya enregistre une hausse spectaculaire du commerce légal d’animaux sauvages, ce qui inquiète de plus en plus les défenseurs de l’environnement. Selon un rapport publié par World Animal Protection, les exportations de reptiles élevés en captivité et destinés au marché des animaux exotiques ont été multipliées par dix en une décennie.

Entre 2013 et 2023, le nombre de reptiles vivants exportés est passé de 8 551 à 86 330, selon les données issues de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Au total, plus de 870 000 animaux vivants auraient été commercialisés durant cette période.

Si cette activité reste encadrée par la loi kenyane, les ONG alertent sur ses conséquences écologiques. D’après le rapport, 77 % des espèces concernées connaissent déjà un déclin de leurs populations à l’état sauvage, remettant en question la durabilité du système.

Les espèces les plus exportées sont notamment les caméléons et les tortues léopards, très prisés sur les marchés internationaux, notamment en Allemagne, aux États-Unis, au Japon, à Hong Kong, en Indonésie, à Taïwan, en Thaïlande et en Espagne.

Des failles dans le système de contrôle

Adoptée en 2013, la loi kenyane sur la conservation de la faune visait à mieux encadrer l’élevage en captivité et à lutter contre le braconnage. Mais pour Patrick Muinde, le dispositif présente de nombreuses lacunes.

Le chercheur dénonce des élevages souvent surpeuplés et insalubres, où les animaux sont traités comme de simples marchandises, avec des risques potentiels pour la santé publique.

Le rapport pointe également des incohérences entre les chiffres des exportateurs et ceux des pays importateurs. Plus de 84 000 tortues léopards et 30 000 caméléons auraient ainsi une destination inconnue.

Pour Tennyson Williams, le caractère légal de ce commerce ne garantit en rien sa durabilité. L’ONG appelle à une remise en question du commerce des espèces sauvages, qu’il soit légal ou clandestin, afin d’éviter un déséquilibre irréversible des écosystèmes.

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